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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Marine Le Pen et les 125 milliards d’économies : renoncement ou austérité ?

125 milliards d'euros[1] : c'est le montant des économies proposé par Marine Le Pen. Fini le virage social, le Rassemblement national achève sa normalisation par une quête de crédibilité auprès du milieu entrepreneurial et des marchés financiers.

Cependant, lorsqu'on s'intéresse véritablement aux chiffres dans les moindres détails, on se rend vite compte que l'affichage vire à la contradiction pure.

Comment permettre le rétablissement des finances publiques sans infliger à la France une cure d’austérité d’une violence inouïe ? L’équation pose d'ores et déjà un problème arithmétique insoluble.

D’un côté, le RN promet le retour à la retraite à 62 ans — et à 60 ans pour ceux qui ont commencé tôt —, une mesure évaluée entre 10 et 15 milliards d’euros par an. De l'autre, les baisses de TVA (passage à 5,5 % sur l'énergie et les carburants, et 0 % sur les produits de première nécessité) priveraient les caisses de l'État d'environ 20 milliards d'euros supplémentaires chaque année. Avant même de dégager le moindre euro d'économie nette, la facture des promesses sociales et fiscales dépasse déjà les 30 à 35 milliards d'euros de recettes perdues ou de dépenses nouvelles[2].

Pour afficher malgré tout « 125 milliards d'euros d'économies », les pistes évoquées — coupes sur les prestations sociales versées aux étrangers, suppression des régions, fusion des agences de l'État ou diminution de la contribution européenne — sont largement surévaluées. La Cour des comptes et les instituts d'évaluation indépendants chiffrent le rendement net réel de ces coupes ciblées à quelques milliards tout au plus.

Soit cette annonce relève d'une comptabilité fictive destinée à rassurer les marchés, soit le RN prépare en réalité une purge budgétaire historique. Car pour réussir à couper 125 milliards d'euros tout en finançant ses propres promesses, il faudrait tailler à la hache dans les seuls postes restants : ce sera la baisse drastique des prestations sociales et des crédits alloués aux services publics essentiels.

Le dilemme sera alors le suivant : le renoncement en abandonnant ses engagements budgétaires au risque de répéter le même scénario que Jacques Chirac en 1995 ou alors l'austérité en détruisant définitivement le modèle social français pour devenir la Margaret Thatcher française, quitte à perdre une partie de son électorat populaire.

 

Nicolas Maxime


[1] Marine Le Pen, débat organisé par le Medef, 27 août 2026 : « Nous présenterons juste avant le débat budgétaire notre trajectoire de rétablissement des finances publiques avec 125 milliards d’euros d’économies. »

[2] Fondation iFRAP, Le vrai coût du programme du Rassemblement National, 24 juin 2024, https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/le-vrai-cout-du-programme-du-rassemblement-national.

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