Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
La France ne sera pas arrivée en finale face à l'Argentine, mais celle-ci s'est trouvé le meilleur clone de leur président en la figure de David Lisnard. Derrière les postures d'un élu local d'apparence classique se dessine en réalité une déclinaison tricolore de l'« anarcho-capitalisme » que l'on retrouve désormais en Amérique du Sud.
Comme Javier Milei, celui-ci prône une réduction drastique de la dépense publique et une dérégulation massive. Son concept d'« État performance », digne de la Novlangue de George Orwell[1], prétendument au service de la société, démontre en réalité la volonté d'avoir un État définitivement au service des marchés et des multinationales, où la performance entrepreneuriale et managériale remplace la solidarité nationale. De même, s'il s'écarte du discours franchement réactionnaire et identitaire de l'extrême droite, Lisnard préfère un discours libertarien sur le plan économique et culturel, axé sur la liberté individuelle, bien qu'il conserve l'aspect régalien de la droite sur la sécurité et l'immigration.
Mais à contrario de son alter ego argentin, Lisnard se présente sous des traits plus classes, plus propres. Il n'a pas la coupe de cheveux ébouriffée, ni la tronçonneuse, ni les expressions à coup de « Afuera ! ». Sur les plateaux, il se montre respectueux de ses adversaires et cherche un débat d'idées avec la gauche. C'est un Milei en costume-cravate, policé et télégénique.
Ça ne devrait pas fonctionner pour cette fois-ci, car sa base politique reste encore trop étroite pour 2027. Mais prenons garde que ce genre de personnalité ne parvienne pas à séduire un public plus large à l'avenir, en capitalisant sur le rejet de la bureaucratie. David Lisnard est bel et bien le Javier Milei à la française : le même ultralibéralisme, la respectabilité en plus.
Nicolas Maxime
[1] Le terme « novlangue » (Newspeak en anglais) désigne, dans 1984 de George Orwell, la langue officielle conçue par le régime pour réduire progressivement le champ de la pensée et rendre certaines idées impossibles à formuler. Orwell montre également que le pouvoir peut détourner le sens des mots et leur faire désigner leur contraire, comme dans les slogans du Parti : « La guerre, c’est la paix », « La liberté, c’est l’esclavage », « L’ignorance, c’est la force ».