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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

2.99 euros le litre de gazole : l’effondrement annoncé

18 septembre 2026. 2,99 euros le litre de gazole à Ostwald en Alsace. On peine à y croire tellement cela paraît surnaturel et pourtant...[1] Il y a des causes bien connues à cette crise, notamment la guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis et l'Iran, entraînant le blocage de voies maritimes stratégiques comme le détroit d'Ormuz et faisant grimper le prix du baril. Le gazole subit également une tension accrue par rapport au sans-plomb en raison d'une capacité mondiale de raffinage saturée et de restrictions logistiques sur les distillats moyens (utilisés aussi pour le fioul et le transport de marchandises).

​De plus, la fiscalité sur le carburant n'aide pas non plus à sortir de cette spirale. La TVA, paradoxalement, fait augmenter le prix final de manière exponentielle : représentant une part massive du prix aux côtés de la TICPE, cette taxe appliquée proportionnellement sur une matière première en hausse vient amplifier mécaniquement l'envolée du tarif à la pompe.

​Cela a un effet direct sur le panier des ménages. Les dépenses de carburant rongent le revenu disponible, provoquant une baisse immédiate du pouvoir d'achat et un arbitrage difficile au détriment des achats non essentiels. S'ensuit une réaction en cascade sur l'ensemble des biens et services : les coûts du fret routier, maritime et agricole se répercutent sur l'ensemble de la chaîne de valeur, ce qui entraîne ainsi une inflation généralisée sur les produits alimentaires et manufacturés.

​Comme lors des récents événements survenus cet été, marqués par la canicule extrême ou les brasiers de forêts, le gouvernement Lecornu paraît inerte, incapable d'entrevoir la gravité du moment ou de proposer la moindre solution pérenne face à la situation. ​On se rappelle qu'en novembre 2018, une partie de la population, dont certains n'avaient jamais manifesté de leur vie, se sont retrouvés sur des ronds-points ou aux péages alors que le prix était seulement de 1,50 euro le litre. À l'époque, une hausse de quelques centimes avait suffi à embraser le pays et à révéler la fracture d'une France périphérique dépendante de la voiture pour aller travailler.

​Que va-t-il advenir maintenant ?

​La marge de manœuvre est quasi-nulle pour les gouvernements. Ces derniers ont abandonné toute forme de souveraineté monétaire au profit des marchés financiers, le problème n'étant pas tant la dette en elle-même que la dépendance totale que cet endettement a créée vis-à-vis d'eux. Enchaînés aux exigences des investisseurs et privés de toute autonomie, ils ne disposent plus du moindre levier budgétaire pour financer des chèques carburants, des boucliers tarifaires ou des baisses de taxes. Dans le même temps, la Banque centrale européenne augmente ses taux directeurs pour maîtriser l'inflation, ce qui a pour effets d'étouffer la croissance et d'enfermer l'économie dans une stagflation durable.

​Pourtant, tout cela était prévu et documenté. De nombreuses personnes avaient alerté depuis des décennies sur l'impasse de la mondialisation néolibérale. ​Il ne s'agit pas seulement de la fin de l'énergie fossile bon marché, mais de la vulnérabilité intrinsèque d'un modèle économique fondé sur l'abandon de la souveraineté, la mobilité des flux de capitaux et de marchandises et le dogme du libre-échange.

​Disons-le franchement, si le prix du gazole continue de s'envoler et que rien n'est fait, nous assisterons à une crise politique et sociale sans commune mesure, celle d'un effondrement annoncé.

 

Nicolas Maxime


[1] Les Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA), Alsace. 2,99 euros le litre de gasoil à Ostwald : prix record des carburants, 17 septembre 2026.

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