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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Réduire le train de vie de l’État : une mystification budgétaire

« Il faut réduire le train de vie de l'État. » Vous avez pu lire et entendre cette phrase un peu partout sur internet et les réseaux sociaux de la part de certains politiques ou éditorialistes — par ailleurs souvent grassement payés, parfois à nos frais.

C'est une rhétorique classique des néolibéraux et autres libertariens : en visant la bureaucratie tout comme ils le font avec l'assistanat concernant les prestations sociales, on fait croire qu'une masse prodigieuse de fonctionnaires recevrait des subsides publics en restant assis toute la journée rien qu'en triant de la paperasse. C'est une image d'Épinal. Quiconque connaît des « petits » fonctionnaires qui œuvrent au quotidien dans des collectivités territoriales sait très bien ce qu'il en retourne. Bien au contraire, les politiques dites de New Public Management ont complètement transformé le sens même du service public, si bien que le boulot des fonctionnaires dans les administrations publiques est désormais tourné non plus au service des usagers mais vers des objectifs de rentabilité, de reporting et de chiffres qui leur sont imposés.

​Alors évidemment, la France, héritière d'une tradition colbertiste et jacobine, présente parfois un fonctionnement lourd pour ses concitoyens avec un surplus de normes, de réglementations et de strates administratives, mais aussi de taxes et niches fiscales bien plus complexes que dans les autres pays. Sans compter tous ces comités Théodule dont la seule mission concrète semble être de créer un sous-comité pour déterminer l'utilité du précédent. Bien entendu, une simplification s'imposerait en réduisant le nombre d'agences de l'État dont les missions sont redondantes avec celles des ministères, en supprimant des échelons et collectivités territoriales comme les régions ou les syndicats mixtes. Et surtout, en mettant fin à l'externalisation ou aux partenariats public-privé qui nous coûtent un bras — près de 170 milliards d'euros par an d'achats publics selon la Commission des finances du Sénat — ce que ne disent pas les tenants de la rigueur, sans compter les cabinets de conseil type McKinsey qui facturent à prix d'or des rapports que nos propres agents auraient pu rédiger[1].

​Toutefois, ces économies, bien que réelles, seraient substantielles de l'ordre de quelques milliards d'euros à peine et n'auraient aucun impact décisif à elles seules sur les finances publiques.

​Car lorsque Attal, Philippe, Lisnard ou Knafo vous parlent du train de vie de l'État, soit c'est pour gonfler les chiffres — où par la grâce d'une baguette magique 5 milliards se transforment en 50 —, soit c'est pour accabler les fonctionnaires et en réalité baisser drastiquement leur nombre dans les secteurs essentiels comme la santé, l'éducation ou la justice, en continuant ainsi l'externalisation qui nous coûte cher et en assumant la privatisation complète des services publics.

​En somme, l'argument de la réduction du train de vie de l'État relève d'une véritable mystification budgétaire qui ne sert qu'à dissimuler le désengagement de l'État au quotidien. En essayant de nous faire croire qu'il y aurait une masse de fonctionnaires improductifs, le seul but visé est de démanteler les services publics et de continuer la gabegie de la sous-traitance privée, au détriment de la mission fondamentale des services publics : celle de l'intérêt général.

 

Nicolas Maxime


[1] Sénat, Commission d'enquête sur les coûts et les modalités effectifs de la commande publique et la mesure de leur effet d'entraînement sur l'économie française.

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