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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

L’ère de la post-vérité : le vrai est un moment du faux

Accusé d'avoir écrit son roman « C'était ça ou mourir » à l'aide de l'intelligence artificielle, Thyléson Orélien se retrouve au cœur de la polémique. Un détecteur a analysé son ouvrage et l'aurait identifié comme étant à 90 % rédigé par un chatbot.

​Mais peut-on en déduire que cet écrivain aurait généré son roman de toutes pièces ?

​Le problème, c'est que les IA génératives ne font que copier un style d'écriture déjà existant. Il y a évidemment des tics de langage comme l'avalanche de punchlines, les tirets cadratins, le rythme ternaire ou la métaphore antithétique, mais ce n'est pas qu'une question de forme. De plus, les détecteurs d'intelligence artificielle ne cessent de multiplier les faux positifs : certains textes rédigés avant 2022 ont été certifiés écrits par IA alors que ChatGPT n'existait pas encore. Plus ridicule encore, même la Bible et la Déclaration d'indépendance sont certifiées 100 % IA par ces outils. Super la fiabilité !

​Ce qui est en train de se passer sous nos yeux est assez dingue : les détecteurs d'intelligence artificielle influencent les écrivains, ces derniers abandonnent ainsi leur style d'écriture pour ne pas être suspectés de plagier. Puis les chatbots vont s'adapter et copier un nouveau style qui sera à son tour détectable, et ainsi de suite.

Mais peut-être que l'IA permettra d'élever le niveau : les écrivains célèbres seront ceux qui auront désormais acquis un style d'écriture complètement original, instinctif et parfois crade.

​Ou alors à terme, il faudra faire avec cette incertitude permanente et le risque de voir disparaître des pans entiers de la culture.

​Pour en revenir à Thyléson Orélien : soit ce dernier a complètement berné tout le microcosme littéraire en faisant passer un texte généré pour un chef-d'œuvre, soit il a écrit lui-même son livre et c'est un pur génie que même l'IA est incapable d'imiter. De toute façon, nous n'en saurons rien !

​Il faut toujours se rappeler de cette phrase de Guy Debord : « Dans un monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. »[1] Nous sommes définitivement entrés dans l'ère de la post-vérité.

Édit : Bon, apparemment, il y aurait de fortes chances que Thélyson Orélien, l’écrivain de « C’était ça ou mourir », ait rédigé son ouvrage à l’aide d’un chatbot. En effet, il n’en serait pas à son coup d’essai puisqu’il aurait déjà plagié d’autres auteurs dans les années 2010. Le type a trompé tout le milieu de l'élite bourgeoise parisienne.

Mais ça ne démontre en rien la fiabilité des détecteurs qui, eux-mêmes issus de l’IA, doivent détecter… de l’IA. À ce rythme-là, on va tous finir par écrire en langage SMS sous couvert de ne plus être suspectés d’écrire avec un langage artificiel.

"g lu le boukin et franchemen jsé pa tro koi en pensé, y’a des passages ki son chelou mé bon, c pa paske un détecteur di ke c de l’IA ke c forcémen vré. Et si on commence à dir ke dès ke c bien écrit c de l’IA, bah bientôt va falloir écrire kom ça pr prouver kon é humain mdr".

Et le jour viendra où écrire correctement deviendra une preuve à charge. Et là on aura effectivement un drôle de problème.

 

Nicolas Maxime


[1] Guy Debord, La Société du spectacle, Buchet-Chastel, 1967.

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