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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La gauche, l’antifascisme d’opérette et le rejet des classes populaires

Si l'on veut comprendre pourquoi les classes populaires votent majoritairement pour des partis d'extrême droite et ont abandonné la gauche, il faut saisir qu'il s'agit avant tout d'une réaction au progressisme néolibéral. Ce dernier, sous couvert d’émancipation et de modernité, a accompagné la destruction du monde ouvrier et des classes moyennes inférieures, leur imposant une précarisation économique et une insécurité économique et culturelle inédites. Face à ce naufrage, la gauche institutionnelle, plutôt que d’offrir une alternative cohérente au capitalisme, se contente d’une posture morale stérile, diabolisant ceux qui ne se rallient pas à ses dogmes.

L’exemple de Marine Tondelier, secrétaire nationale des Verts, est emblématique de cette impasse idéologique. Ce matin encore, sur France Inter, elle s’inquiète de la montée des périls en Europe et de l’essor d’une prétendue amicale fasciste. Cette rhétorique d’antifascisme d’opérette ne sert qu’à masquer son propre aveuglement : en refusant de voir la faillite du progressisme néolibéral, elle réduit le vote populaire à un réflexe irrationnel, à une forme de contamination idéologique. Pourtant, loin d’être le fruit d’une dérive fasciste, ce basculement électoral est d’abord une révolte contre un système qui les a relégués au rang de spectateurs de leur propre déclin.

Photo : Selbymay / Wikimedia Commons — CC BY 4.0

Christophe Guilluy, dans Marianne, met en lumière cette dynamique :

Portées par un puissant instinct de survie, elles ont enclenché un mouvement de contestation qui ne s’articule pas autour d’une référence ethnique ni religieuse mais existentielle. Une révolte sociale et culturelle qui puise sa force dans le sentiment d’avoir été évincé d’une civilisation qu’on a contribué à construire[1].

Il est frappant de constater que les classes populaires américaines, y compris les minorités, ont voté Trump en 2016 et 2020, non pas par adhésion au suprémacisme blanc, mais parce qu’il incarnait, malgré tous ses excès, un rejet du modèle néolibéral. Contrairement aux clichés de la gauche bourgeoise, ce ne sont pas les petits Blancs nostalgiques d’un passé révolu qui ont fait basculer l’élection, mais des travailleurs précarisés, issus de toutes origines, unis par une même aspiration : la conservation de leur mode de vie.

En Europe, cette mécanique est en train de s’imposer. Les écologistes, à l’image de Tondelier, apparaissent comme une gauche du Capital[2], soucieuse d’imposer aux classes populaires une austérité verte, une transformation autoritaire de leur mode de vie, et une soumission aux diktats d’une gouvernance mondiale. Ils ne peuvent donc être perçus que comme partie intégrante du problème, non comme une alternative.

Ainsi, pendant qu’un milliardaire new-yorkais opportuniste a su capter cette mutation et en tirer profit, la gauche française continue de mener des combats imaginaires, laissant le champ libre à l’extrême droite qui comprend les préoccupations existentielles des classes populaires.

Une extrême droite, incapable d'apporter une réponse structurelle au capitalisme, qui ne résoudra rien. Derrière son discours pseudo-souverainiste et ses promesses d’ordre, elle ne fait que recycler le néolibéralisme sous une forme autoritaire, sans remettre en cause les logiques profondes du marché et de la financiarisation. Pire encore, Donald Trump, en choisissant de s'allier avec le milliardaire Elon Musk, va accélérer la mise en place du techno-féodalisme des seigneurs du silicium, où les États ne seront plus que des vassaux des grandes plateformes numériques.

Pourtant, des alternatives au capitalisme néolibéral existent. Bernard Friot, avec sa proposition de généralisation de la Sécurité sociale au-delà de la santé et des retraites, esquisse un modèle économique fondé sur la socialisation du revenu et du travail[3]. Emmanuel Todd, avec son souverainisme inclusif, montre qu’il est possible de défendre la souveraineté économique et culturelle tout en maintenant une cohésion sociale large[4]. C’est dans ces perspectives que devrait s’engager une gauche véritablement populaire et ancrée dans le réel, au lieu de s’abîmer dans une moralisation stérile du débat politique.

 

Nicolas Maxime


[1] Christophe Guilluy, Pendant que Trump a compris la mutation des classes populaires, la gauche française mène une bataille imaginaire, Marianne, 15 février 2025.

[2] Expression empruntée à Jean-Claude Michéa pour désigner le libéralisme culturel de la gauche compatible avec le libéralisme économique.

[3] Bernard Friot, L’enjeu du salaire, La Dispute, 2012.

[4] Interview d’Emmanuel Todd, Emmanuel Todd par Elucid, 22 juin 2024, (37) LA DISSOLUTION DE MACRON EST DÉJÀ UN QUASI-COUP D'ÉTAT ! - Emmanuel Todd - YouTube.

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