Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Il est intellectuellement paresseux de comparer le débat sur la fin de vie à celui de l'IVG en 1975 comme le fait Raphaël Enthoven dans son tweet[1]. Rappelons que l'euthanasie, c'est autre chose que l'avortement puisque, dans ce cas précis, il s'agit, au nom du libre choix, de l'élimination par la société d'êtres déjà vivants. On pourrait être philosophiquement et religieusement opposés à l'avortement, mais cela n'a rien à voir avec l'euthanasie. La confusion des genres s'arrête ici.
Loin d'être une liberté, rappelons que ce droit à mourir n'a cessé de s'étendre à d'autres catégories comme les personnes en situation de handicap ou souffrant de troubles psychiques, dans les pays qui l'ont adopté, ce qui démontre que les personnes vulnérables finissent par subir une forme de contrainte sociétale et morale dès lors que leur existence est jugée coûteuse ou inutile.
Mais cela démontre surtout la parfaite cohérence idéologique de l'extrême centre, à la fois favorable au libéralisme culturel et économique. Pour ce courant, l'autonomie absolue de l'individu sert de justification idéale au désengagement de l'État : l'injection létale devient l'ultime service.
Face à cela, la droite et la gauche s'enferment dans leurs propres contradictions :
- Ainsi la droite s'oppose sur le plan moral à cette mesure, mais leurs députés ont voté la baisse des budgets et des cotisations, asphyxiant l'hôpital public, tout en étant favorables à la tarification à l'activité (T2A)[2]. On ne peut pas défendre la dignité humaine le dimanche et voter l'austérité sanitaire le lundi.
- De son côté, la gauche se focalise uniquement sur le sociétal en soutenant ce projet et en validant de fait le libéralisme économique et la rationalité budgétaire. Elle capitule devant l'idée que la mort administrée soit la réponse à la pénurie de lits en soins palliatifs.
Derrière l'aide à mourir, au nom du progrès, on assiste en réalité à la célébration du libéralisme total, comme l'a démontré Jean-Claude Michéa[3], ultime étape d'une idéologie qui transforme la mort en simple affaire de choix individuel plutôt que d'accompagner collectivement les plus fragiles.
Nicolas Maxime
[1] Raphaël Enthoven sur X, 4 juillet 2026.
[2] La tarification à l’activité (T2A), instaurée progressivement à partir de 2004, repose sur un financement des établissements de santé en fonction de leur activité.
[3] Jean-Claude Michéa, Extension du domaine du capital. Notes sur le néolibéralisme culturel et les infortunes de la gauche, Albin Michel, 2023.