Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Quand Jordan Bardella déclare représenter la France qui bosse sans jamais se plaindre, il ne célèbre pas le travail : il fait l'apologie de sa soumission au Capital. Cette phrase, à première vue anodine, incarne ce que Michel Feher appelle dans Producteurs et parasites l’imaginaire producériste[1] — un récit politique où seuls ceux qui produisent auraient droit à la considération sociale et politique, tandis que les autres — chômeurs, précaires, fonctionnaires, syndiqués, migrants — seraient des parasites.
Le Rassemblement national prétend défendre les classes populaires, mais il exige d’elles une allégeance totale au travail, même quand celui-ci est sous-payé, pénible, ou dénué de sens. Ne pas se plaindre, c’est réduire le peuple à une force de travail soumise aux exigences des patrons. Le RN ne remet jamais en cause l’exploitation : il veut juste qu’elle soit nationale.
Ce populisme de droite est en réalité la continuité du néolibéralisme de Sarkozy et de Macron : valorisation du mérite, stigmatisation des faibles, discipline sociale. Avec Bardella, c’est la start-up nation, mais avec des drapeaux tricolores et des slogans virils. Travail, silence, patrie : voilà le triptyque autoritaire d’un RN qui veut gouverner avec le fouet du Capital.
Nicolas Maxime
[1] Michel Feher, Producteurs et parasites : L’imaginaire si désirable du Rassemblement national, La Découverte, 2024.