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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Contrôle social : l’humiliation permanente

Les réformes du RSA et de l’assurance chômage n’ont jamais été pensées pour permettre aux personnes de retrouver un emploi. Elles ont été mises en œuvre pour renforcer le contrôle social et, in fine, ont pour effet de plonger encore plus les personnes dans l’assistance au lieu de leur permettre de s’en sortir. Il s’agit moins d’accompagner que de discipliner les pauvres. On voit ainsi les effets de ces nouvelles politiques où les pauvres deviennent des boucs émissaires, accusés de profiter du système alors que le RSA pour une personne seule est de 646 euros par mois[1].

On en arrive à des situations complètement ubuesques, kafkaïennes et orwelliennes : des contrôles CAF intrusifs – visant souvent des mères isolées – où l’on va jusqu’à compter le nombre de brosses à dents ou inspecter les armoires pour vérifier l’absence de vêtements masculins. Les paysans vivant avec le RSA subissent la même violence administrative : contrôles incessants, suspicion permanente, injonction paradoxale à travailler plus alors même que leurs revenus agricoles sont trop faibles pour survivre. Beaucoup racontent être traités comme des fraudeurs potentiels, sommés de justifier chaque euro et chaque activité de leur quotidien, au point d’être découragés de poursuivre leur métier. Au nom de la lutte contre la fraude, on a déjà autorisé l’accès aux comptes bancaires et à plusieurs éléments de la vie privée des allocataires, et certaines extensions — comme l’accès aux données téléphoniques ou Internet — sont envisagées, donnant l’impression que la pauvreté suffirait désormais à justifier un droit de regard permanent sur l’intimité des gens.

Une hostilité se développe même entre bénéficiaires et travailleurs sociaux, ces derniers pouvant également être perçus comme des parasites payés pour contrôler les pauvres plutôt que pour les soutenir. Ils font ce métier pour accompagner les gens et les sortir de la merde, pas pour les contrôler et les enfoncer dans la merde. Face à cette dérive, certains travailleurs sociaux préfèrent démissionner plutôt que de participer à un dispositif qu’ils jugent contraire à leur déontologie et à leur mission initiale.

Orwell montre dans Dans la dèche à Paris et à Londres que les workhouses et les services d’assistance imposent un contrôle social étouffant, fondé sur l’humiliation, la surveillance, ce qui dépossède les personnes de leur dignité[2]. Loin de permettre aux bénéficiaires de sortir des logiques d'assistance, le contrôle social fait entrer les personnes dans une humiliation permanente. Cela crée de la division au sein des classes populaires, du ressentiment, et une spirale où d’autres catégories de population, elles aussi soupçonnées de toucher indûment des prestations, se retrouvent dans le viseur.

Tout cela s’inscrit dans une société où les individus, dans un isolement collectif, abandonnés à eux-mêmes et sommés de se gérer seuls, finissent par intégrer les logiques de surveillance et de suspicion qui les entourent. Contrôle qui ne vient plus seulement des institutions puisqu’il se diffuse partout, chacun devenant le gardien de l’autre. À force d’humilier les personnes, on instille un climat de défiance généralisée qui fracture la société et rend impossible toute forme d’horizon commun.

 

Nicolas Maxime


[1] Montant forfaitaire du RSA pour 2025 — 646,52 € mensuels pour une personne seule sans enfant.

[2] George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres, Gallimard, 1933.

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