Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Soit Nicolas Sarkozy est un détenu comme un autre et dans ce cas, il ne doit bénéficier d’aucun traitement de faveur — ni de deux policiers 24h/24, ni d’une cellule à part des autres prisonniers, ni d’un train de vie plus favorable que celui du commun des détenus.
Soit, au contraire, il faut dire clairement aux Français que la justice n’est pas la même pour tous, qu’elle s’applique différemment selon votre statut, vos revenus, vos relations et votre patrimoine. Dans ce cas, il ne sert à rien de continuer à entretenir l’illusion d’une République égalitaire parce que dans ce cas précis, nous ne vivons plus en démocratie, mais dans une oligarchie assumée, où l’appartenance à la caste dirigeante vous garantit une impunité de fait.
Lorsqu’un ancien président condamné pour « association de malfaiteurs » bénéficie de conditions privilégiées au nom de sa « sécurité », pendant que les autres détenus subissent la surpopulation carcérale, l’insalubrité et le manque de soins — quoi qu'ils aient commis comme crimes ou délits —, c’est tout le principe d’égalité devant la loi qui s’effondre.
Il ne faut pas s’étonner que, face à cette évidence, des réactions de ses codétenus, qui en viennent à proférer des menaces contre l’ancien président. Ces menaces — et plus généralement le recours à la violence — sont inacceptables car rien ne peut et ne doit justifier de menacer une personne ou de vouloir résoudre des différends par la force.
Mais ce lumpenprolétariat[1], non conscientisé, agit souvent par mimétisme et ressentiment. Il reproduit les comportements qu’il observe chez les puissants en voulant également obtenir le pouvoir, l'argent et ainsi le respect (comme le titre du groupe de rap américain The Lox : Money, Power, Respect[2]) car c'est ce qui permet d'assurer la reconnaissance sociale dans une société capitaliste. Cela explique la rage des racailles « d’en bas » face aux racailles « d’en haut » puisque ces individus, qui n’ont plus rien à perdre, ne reconnaissent aucune légitimité, ni n'accordent aucun « respect » à un ancien président qu’ils perçoivent également comme un des leurs, un « voyou », mais qui bénéficie, contrairement à eux, d'un traitement de faveur uniquement dû à son rang et à sa position sociale.
Cette justice est celle du Capital qui protège les plus puissants d'entre eux. Du moment que celle-ci existera, on ne devra pas s'étonner que le lumpenprolétariat — mais de plus en plus les classes populaires et moyennes — ne reconnaissent plus aucune légitimité aux institutions et aucune forme d'autorité. Cette situation, en réalité, ne fait qu’accroître le fossé entre le peuple et les élites, fragilisant encore plus la cohésion de notre société.
Nicolas Maxime
[1] Marx parle du lumpenprolétariat comme d’une fraction de la société qui est « politiquement instable » et qui peut être mobilisée par les classes dominantes contre le prolétariat.
[2] The Lox, Money, Power & Respect, Bad Boy / Arista, 1998 — single featuring DMX & Lil’ Kim, incarnant le lien entre richesse, pouvoir et prestige.