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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Les éleveurs et le refus de sacrifier le Vivant

Il faut comprendre les mobilisations actuelles des éleveurs comme l’expression d’une colère existentielle et politique à la fois qui ne surgit pas de nulle part mais qui s’enracine dans une réalité matérielle et humaine de plus en plus intenable, alors que ces derniers ont de plus en plus de mal à dégager des revenus décents, que beaucoup sont exposés au surendettement, parfois depuis plusieurs générations, qu’ils croulent sous des normes souvent absurdes et technocratiques, et qu’ils sont soumis à une concurrence déloyale permanente, notamment au sein même de l’Union européenne, où les règles ne sont ni harmonisées ni équitables, et plus encore avec les accords de libre-échange comme le Mercosur, qui organisent méthodiquement la mise en concurrence de modèles agricoles incompatibles, au détriment des éleveurs et de la qualité du Vivant.

Au nom de la Science, désormais exposée comme un véritable ministère de la Vérité[1] devenu impossible à contester — au sens orwellien du terme — qui nous a conduits aux confinements, aux injonctions contradictoires et au pass sanitaire pendant la pandémie de Covid, on impose aujourd’hui aux agriculteurs des protocoles sanitaires où l’on décide d’abattre des cheptels entiers, parfois en parfaite santé, au lieu de chercher des solutions alternatives. Alors, bien sûr, on nous rappelle que les éleveurs seront indemnisés pour chaque troupeau abattu, que des compensations financières sont prévues, que l’État ou l’Europe « accompagneront », mais ce n’est précisément pas d’argent qu’il s’agit ici. Non, il s’agit d’amour, de respect et de lien au Vivant, car les éleveurs aiment leurs bêtes comme on aime ce dont on a la charge, ce que l’on fait naître, ce que l’on soigne, ce que l’on accompagne parfois jusqu’à la mort, et cet attachement au Vivant explique largement pourquoi ils se mobilisent aujourd’hui, non pas pour gagner plus, mais pour conserver le peu qu’il leur reste, matériellement et symboliquement, face à un capitalisme néolibéral qui les dépossède de leur métier et de leur sens.

Évidemment, il ne faut pas se leurrer, et il serait naïf de prétendre que tous les éleveurs s’opposent à ces abattages, car il existe aussi des éleveurs parfaitement alignés sur ces politiques sanitaires, souvent représentés par des organisations comme la FNSEA, véritables thuriféraires du capital agricole, défenseurs d’un modèle productiviste, qui accepte sans broncher la destruction du Vivant, pourvu qu’elle soit compatible avec les exigences du marché, au prix d’un renoncement total de ce qui fonde leur profession.

Mais ce que disent les mobilisations actuelles, au-delà des clivages syndicaux — entre la Confédération paysanne d’un côté et la Coordination rurale de l’autre — et au-delà des récupérations politiques, la France insoumise comme le Rassemblement national en tête, c’est bien le refus d’un monde où l’on décime des troupeaux pour sauver un système à bout de souffle, et où l’on sacrifie le Vivant au nom de la rationalité scientifique.

 

Nicolas Maxime


[1] George Orwell, 1984, trad. fr. Amélie Audiberti, Gallimard, 1949. Dans 1984, le Ministère de la Vérité (Ministry of Truth) est l’institution chargée de fabriquer la vérité officielle, de réécrire le passé et de rendre toute contestation impossible — ce qui fonde parfaitement ton usage du registre orwellien pour critiquer la sacralisation d’un discours scientifique ou technocratique présenté comme indiscutable.

 

 
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