Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Rien n’illustre davantage le désastre des politiques néolibérales appliquées aux besoins essentiels que la question du logement. La prétendue non-intervention de l’État, ou sa mauvaise intervention — notamment à travers des niches fiscales inefficaces comme le dispositif Pinel[1] — a conduit à une pénurie structurelle de logements disponibles, à une hausse continue des loyers et à une intensification de la spéculation immobilière dans les grandes métropoles et les zones touristiques.
Cette situation est le produit d’un choix politique assumé : laisser le logement être régi par la logique du marché, de la rentabilité et de l’investissement patrimonial, plutôt que par celle d’un droit fondamental. Le logement est ainsi devenu un actif financier avant d’être un bien de première nécessité.
Le résultat est sans appel : la France compte aujourd’hui environ 300 000 personnes sans domicile, soit deux fois plus qu’en 2012, et près de 4 millions de personnes mal logées[2]. À cela s’ajoutent des millions de ménages en situation de fragilité résidentielle, contraints de consacrer une part excessive de leurs revenus au logement, au détriment des autres besoins essentiels. Cette crise alimente ainsi la pauvreté, les inégalités territoriales et la ségrégation sociale.
Contrairement au discours dominant, ce n’est pas la prétendue « main invisible du marché » qui pourra répondre à ces difficultés. Le marché immobilier, laissé à lui-même, organise la rareté, favorise la spéculation et exclut progressivement les classes populaires et une partie des classes moyennes des zones tendues. Seule une politique publique volontariste — fondée sur la construction massive de logements sociaux, la régulation des loyers, la lutte contre la vacance et la spéculation, ainsi que la reconnaissance effective du logement comme un droit — peut permettre d’enrayer cette crise durable.
Nicolas Maxime
[1] Dispositif Pinel : mécanisme de défiscalisation immobilière instauré en 2014 permettant aux investisseurs achetant un logement neuf destiné à la location de bénéficier d’une réduction d’impôt, sous certaines conditions de durée de location et de plafonds de loyers.
[2] Fondation Abbé Pierre, Rapport sur l’état du mal‑logement en France 2022.