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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Réindustrialisation et souveraineté : entre illusions et enjeux stratégiques

De nombreuses analyses, notamment dans les milieux souverainistes, présentent la réindustrialisation comme une solution capable de résorber l’ensemble des problèmes économiques de la France. Plusieurs arguments sont avancés pour appuyer cette thèse :

- « L’industrie a perdu 2 millions d’emplois en vingt ans. En industrialisant à nouveau, il serait possible de regagner le même nombre d’emplois »[1]. Une partie des emplois délocalisés disparus étaient très peu qualifiés. Ceux qui pensent que la réindustrialisation créera des millions d’emplois sous estiment l’automatisation de la production. Ainsi l’entreprise Rossignol, fabricant de skis, avait relocalisé ses usines en France en 2013 en créant très peu d’emplois industriels car l’appareil de production était en grande partie automatisé.

- « L’industrialisation permettra d’augmenter les salaires ». L’Allemagne, qui a conservé une industrie florissante, en est le contre-exemple parfait. En menant une politique de l’offre couplée à une déflation salariale, les allemands ont conservé un appareil productif, certes compétitif, mais cela a engendré des inégalités économiques et sociales et une baisse des salaires dans la part de la valeur ajoutée[2].

- « L’industrialisation permettra de restaurer un cercle économique vertueux et de recréer des richesses sur le territoire ». Ce serait oublier les contraintes écologiques qui pèsent sur nous. Il est d’ailleurs possible que dans les prochaines années, il y ait une baisse conséquente de production des biens de consommation courante (vêtements, mobilier, électroménager...). Dans ce cadre, on verrait mal comment on pourrait avoir une industrie dynamique comme ce fut le cas dans les années 60. De plus, produire en France ne garantit en rien des débouchés que ce soit vers le marché intérieur ou extérieur, surtout si les prix des produits « Made in France » sont trop élevés.

Plus que le sujet de l’industrie, c’est celui de la souveraineté qui est posé. La pandémie de Covid 19 a mis en évidence les difficultés d’approvisionnement de la France en matière d’équipements et de médicaments. Nous devons surmonter notre dépendance en matière de produits vitaux et garantir l’avenir de nos secteurs stratégiques. Pour cela, l’Etat doit reprendre en main l’outil de production par la planification et les nationalisations dans les domaines industriels dits stratégiques : industrie lourde, industrie de la Défense, industrie agroalimentaire, énergie, télécommunications, produits pharmaceutiques et de santé...

 

Nicolas Maxime


[1] France Stratégie, Industrial policies in France: developments and challenges, note de synthèse, 25 janvier 2025 — depuis 1980, les branches industrielles ont perdu presque la moitié de leurs emplois, soit environ 2,2 millions d’emplois.

[2] Xavier Timbeau, Mathieu Cochard, Éric Heyer, Le modèle allemand : une stratégie de désinflation salariale, Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), 2014.

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