Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
La socialisation des besoins de base ne relève pas du communisme soviétique, mais d'une nécessité absolue face à une crise qui s'accélère. Prenons un exemple concret : le logement. Il paraît totalement inepte qu’au nom de la sacro-sainte propriété privée, certains puissent posséder une cinquantaine d’appartements qu’ils n’occupent même pas, et qu’ils louent désormais en Airbnb comme si c’était un simple produit financier. Pendant qu’une minorité accumule des logements comme un capital, des millions de personnes et de familles recherchent désespérément un toit. La situation s'aggrave de jour en jour et ne touche désormais plus seulement les personnes en situation de grande précarité, mais une partie de plus en plus importante des travailleurs qui n'arrivent tout simplement plus à se loger. Ce fléau ne s'arrête plus aux frontières des grandes métropoles ni des villes très touristiques comme Biarritz ou Saint-Malo ; il concerne désormais autant les villes moyennes, les zones périurbaines et rurales. Absolument tout le monde est concerné et, si rien n'est fait pour inverser la tendance, cela nous mène droit vers un million de SDF.
La situation en devient tellement ubuesque que des patrons eux-mêmes se plaignent aujourd'hui de la situation parce qu'ils n'arrivent plus à recruter. Des chefs d'entreprise risquent de voir s'échapper de bons candidats qui ont envie de travailler, faute de trouver un logement. Quand le marché immobilier bloque le marché du travail et paralyse l'économie réelle, le système marche sur la tête. C'est le serpent qui se mord la queue.
Ce n’est pas une question d’idéologie mais une question de bon sens : on en arrive à cette absurdité où le droit de propriété de quelques-uns prime sur le droit fondamental de tous à un toit et à une vie digne.
Quand il est question de socialisation, il ne s'agit pas de tout nationaliser ni de voir l’État gérer chaque immeuble. L'objectif est de dire clairement que certains biens essentiels — logement, santé, alimentation, éducation, énergie — doivent être sortis du marché, parce qu’ils conditionnent directement la dignité et l’égalité réelle des individus. On peut imaginer différentes formes : un grand service public du logement, des coopératives d’habitants, un secteur socialisé fort qui coexiste avec de la petite propriété privée. Mais il paraît nécessaire de stopper ce délire de spéculation sans limites qui transforme un droit vital en marchandise de luxe.
En clair : l’égalité des conditions, c’est faire en sorte que chacun ait la garantie matérielle de pouvoir vivre dignement, sans dépendre de l’arbitraire des propriétaires ou du marché. Et cela passe nécessairement par la socialisation des besoins de base.Il faut rappeler que le droit de propriété, ce n’est pas la chrématistique dénoncée par Aristote : l’accumulation de richesses pour elle-même, sans fin utile[1]. Or, le capitalisme néolibéral, c’est précisément cela : la capacité d’accumuler autant qu’on le souhaite, de s’enrichir sans autre cause que l’enrichissement lui-même — ce qu’on pourrait rapprocher en droit de l’“enrichissement sans cause”. Acheter des logements pour les laisser vides ou pour les louer au prix fort, c’est exactement cette logique d’enrichissement abstrait, déconnecté des besoins réels des individus.
Le constat est absurde. Pendant que cette minorité accumule du capital immobilier, des millions de gens subissent la spéculation et doivent consacrer une part énorme de leurs revenus à se loger. Le droit de propriété de quelques-uns prime sur le droit fondamental de se loger décemment. Socialiser les besoins de base, comme le logement, ce n’est pas abolir la propriété en soi : c’est remettre la propriété et l’usage des biens essentiels au service de tous, et non d’une minorité.
Nicolas Maxime
[1] Aristote, Politique, livre I, vers 335-322 av. J.-C. trad. Pierre Pellegrin, Paris, Flammarion, « GF », 1993.