Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
L'un des arguments les plus lus et entendus parmi les défenseurs de l'euthanasie et du suicide assisté, c'est que c'est un moyen d'abréger les souffrances de ceux qui souffrent de maladies graves. L'exemple le plus utilisé est bien entendu celui de la maladie de Charcot. C'est un argument qui use de la rhétorique émotionnelle. On va parler du proche qu'on connaît : grand-parent, parent, oncle ou tante, etc., pour justifier une législation d'exception. Mais il faut se rappeler que c'est la même chose avec la peine de mort. On nous ressort les cas de Fourniret, Heaulme, Lelandais, et notamment des tueurs d'enfants pour justifier le rétablissement du châtiment suprême.
Dans un cas comme dans l'autre, l'émotion et l'indignation face à des situations extrêmes s'avèrent contre-indiquées pour concevoir des lois. Pour bâtir une société juste, nous devons regarder au-delà des cas particuliers et mesurer l'impact global, à long terme, d'une telle rupture à la fois anthropologique et éthique sur l'ensemble de la collectivité. Lorsque l'on pèse les conséquences réelles et systémiques de l'aide active à mourir, le bilan pour le bien-être collectif se révèle plutôt préoccupant.
L'argument de la compassion individuelle occulte en effet une réalité observable chez nos voisins : l'inévitable élargissement des critères d'accès. Ce qui est présenté au départ comme une exception pour des maladies neurodégénératives au stade terminal s'étend rapidement, par logique d'égalité des droits, aux personnes en situation de handicap physique, aux souffrances psychiatriques, et même à la « fatigue de vivre » des personnes âgées. Mais si la souffrance physique ou psychique suffit à réclamer un "droit" à la mort, pourquoi ne pas envisager, à terme, une légalisation pure et simple du suicide pour toute personne fatiguée d'exister, quel que soit son âge ou son état de santé ?
Dans une société confrontée à des contraintes budgétaires et à un système de santé sous tension, cette légalisation de la mort crée un effet incitatif désastreux. Pour les membres les plus fragiles de notre communauté, le droit de mourir risque de se transformer insidieusement en une pression sociale invisible, un devoir de s'effacer pour ne plus être une charge financière ou affective pour ses proches et pour la collectivité. Il sera toujours moins coûteux pour un système d'offrir une substance létale que de financer des infrastructures d'accompagnement du handicap, des politiques d'inclusion réelles et des soins palliatifs de qualité.
C’est ici que le parallèle avec la peine de mort prend tout son sens. Dans les deux cas, nous confions à l'institution le pouvoir de mettre fin à des vies humaines sous couvert de régulation ou de soulagement. De même que l'impossibilité de garantir un système judiciaire infaillible suffit à rejeter la peine de mort pour éviter d'exécuter des innocents, l'impossibilité de prémunir les personnes vulnérables contre les dérives économiques et les pressions morales doit nous faire rejeter l'aide active à mourir.
La recherche du bien commun ne consiste pas à offrir la mort comme solution de facilité aux défaillances de notre solidarité nationale. Elle exige d'investir nos ressources collectives là où elles maximisent réellement la dignité de tous : dans le soin, l'accompagnement et le soutien inconditionnel aux plus vulnérables. La douleur d'un proche face à une fin de vie difficile est légitime, mais la réponse humaine à cette détresse exige précisément de sortir de l'émotion pour ne pas bâtir un système de mort administrée qui mettrait en péril les plus fragiles de notre société.
Nicolas Maxime