Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Face à l'incapacité de notre société à accompagner dignement la souffrance, l'Assemblée nationale vient de franchir un point de non-retour historique. La loi instaurant le droit à la mort, nouvelle trouvaille du libéralisme culturel, vient d'être définitivement adoptée[1].
Certains, à l'image de Raphaël Enthoven, osent même déclarer que donner la mort à une personne qui la demande serait le « sommet du soin »[2]. Quelle terrifiante inversion orwellienne des mots et des valeurs ![3] On nous vend cette rupture anthropologique comme l'ultime stade de l'émancipation individuelle. Mais la réalité, elle, est bien différente. Car dans une société où l'injonction à la performance et à la rentabilité règne en maître, ce prétendu droit de mourir se transformera insidieusement en devoir de ne plus peser sur les autres. Il ne faut pas s'y tromper : les plus fragiles seront les cibles car, sous couvert de liberté de choisir sa fin, s'installe en réalité une redoutable contrainte déguisée. Derrière l'euthanasie, on prépare une mort administrée à la Soleil vert, où les personnes âgées, isolées, handicapées ou malades, se sentant devenir un fardeau financier et moral pour leurs proches et pour la société, risquent d'être poussées vers cette issue par défaut d'alternatives et d'accompagnement.
Nicolas Maxime
[1] Assemblée nationale, « Projets et propositions de loi définitivement adoptés pendant la session 2025-2026 », Proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, adoptée définitivement le 15 juillet 2026.
[2] Raphaël Enthoven, “Entre la vie et la liberté, le choix de la vie est mortifère”, Le Point, 14 juillet 2026.
[3] Le terme « novlangue » (Newspeak en anglais) désigne, dans 1984 de George Orwell, la langue officielle conçue par le régime pour réduire progressivement le champ de la pensée et rendre certaines idées impossibles à formuler. Orwell montre également que le pouvoir peut détourner le sens des mots et leur faire désigner leur contraire, comme dans les slogans du Parti : « La guerre, c’est la paix », « La liberté, c’est l’esclavage », « L’ignorance, c’est la force ».