Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Depuis que les victoires de l'équipe de France se succèdent, certains identitaires peinent désormais à cacher leur focalisation récurrente sur les Noirs et les Arabes. Leurs récentes prises de position sur les réseaux sociaux oscillent entre des appels à l'expulsion et le refus de reconnaître totalement la citoyenneté des joueurs de couleur. Pour cette mouvance, le maillot tricolore et le droit du sol s'effacent devant une grille de lecture fondée sur des critères biologiques.
Comme cette sénatrice du Paraguay, Celeste Amarilla, qui a sombré dans l'injure raciste et l'animalisation pour contester la légitimité de Kylian Mbappé après la défaite de son pays sur le terrain, certains identitaires français défendent une rhétorique similaire[1]. Bien que les contextes diffèrent, ces discours ont en commun de subordonner la nationalité juridique et le talent sportif à une définition exclusivement ethnique de l'identité nationale.
Cette séquence démontre que ce ne sont pas des patriotes mais des identitaires obsédés par la race qui préfèrent encore la victoire des adversaires comme l'Argentine. Parce que l'équipe d'Argentine est fantasmée comme « ethniquement pure », elle devient ainsi leur patrie de substitution. Quel nationalisme que celui qui jouit de la défaite de son propre pays pour préserver la pureté de la race ! Ces prétendus « hyper-patriotes » préfèrent voir la France perdre, être humiliée et échouer, plutôt que de la voir gagner avec un effectif qui reflète une partie de la France, notamment celle issue des quartiers populaires.
Car ce que l'équipe de France révèle, au-delà du football, c'est que la Nation ne se transmet pas par le sang, elle se construit par l'adhésion à un destin commun. Le patriotisme républicain rassemble les citoyens autour d'un drapeau au-delà de leurs origines ethniques ou sociales. En plaçant une prétendue pureté biologique au-dessus de l'amour de la France, ces identitaires démontrent qu'ils ne défendent pas la Nation : ils défendent une fiction qui exclut ceux qui la font vivre.
Ce n'est pas la victoire de la France qu'ils refusent, c'est la France elle-même dès lors qu'elle échappe à leur fantasme : ils ne peuvent alors que rester les spectateurs d'un pays qu'ils prétendent aimer mais qu'en réalité ils détestent profondément.
Nicolas Maxime
[1] Le Monde, Kylian Mbappé visé par des propos racistes de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla : le parquet de Paris ouvre une enquête, 7 juillet 2026.