Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Quand l’existence des uns est considérée comme une faute

Lors d’un récent live TikTok, une femme a tenu des propos d'une violence inouïe, déclarant face caméra : « Quand tu es handicapé, ou que tu as des problèmes de santé, pour moi, tu n’as rien à faire sur cette terre. »

Devant des déclarations aussi ignobles et inhumaines, le réflexe premier est l'indignation spontanée ou la sidération. En réalité, ce type de dérive ne surgit pas de nulle part. Il fait directement écho à tout ce que l'on entend depuis des années dans le débat public sur l'assistanat et le prétendu « coût » des personnes en difficulté, des personnes handicapées ou des malades, systématiquement réduits à des lignes budgétaires ou à une charge comptable.

Cette femme affirme d'ailleurs sans détour que ces existences ne constituent qu'une « charge pour la société ». Nous assistons là à l'aboutissement d'un darwinisme social poussé à l'extrême, fondé sur le culte de la performance, de la rentabilité et de l'utilité comptable des corps. Ce modèle idéologique libertarien trouve désormais son issue logique et monstrueuse dans ce type de propos éliminationnistes.

Par leur effet amplificateur, les réseaux sociaux libèrent désormais une parole décomplexée, alimentée par le fonctionnement même de leurs plateformes. Enfermés dans des bulles d'information hypertrophiées et conçues pour maximiser l'attention par le clash, les individus s'assurent un public en extirpant le pire d'eux-mêmes.

Ce phénomène illustre parfaitement ce que le philosophe Éric Sadin nomme le « fascisme individuel atomisé »[1] : chaque individu, devenu son propre tyran d'un jour derrière son écran, s'arroge le droit de décider qui a le droit de vivre ou d'exister dans l'espace public, affranchi de toute altérité, de toute empathie et de toute vision commune.

On assiste ainsi à une forme de barbarie en ligne qui n’est finalement que le produit d’un modèle de société où le handicap des uns finit par être déconsidéré par les autres, jusqu’à ce que leur existence elle-même soit considérée comme une faute.

 

Nicolas Maxime


[1] Éric Sadin, L’ère de l’individu tyran : la fin d’un monde commun, Grasset, 2020.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article