Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Nous vivons à l’ère du vieux réactionnaire. Il dit « nous » à toutes les phrases, comme s’il parlait au nom du collectif, alors qu’il n’est souvent que l’expression d’une trajectoire individuelle réussie : celle d’un bourgeois qui a su capitaliser sur le dos des autres. Ce « nous » est une imposture rhétorique : il dissimule des intérêts de classe derrière un vernis universaliste.
Le vieux réactionnaire nie la liberté, alors même qu’il a fait Mai 68 durant sa jeunesse. Il a connu, et parfois porté, une époque de contestation, d’émancipation et de remise en cause de l’ordre établi. Pourtant, devenu dominant, il renie cet héritage. Ce qui était hier une aspiration à la liberté devient aujourd’hui, dans sa bouche, une menace à contenir. Il ne voit plus dans la contestation une promesse, mais un danger.
Il parle de responsabilité, mais évoque en réalité une responsabilisation bien-pensante et moralisante. Derrière ce mot, il ne s’agit plus d’autonomie ou de conscience individuelle, mais d’un rappel à l’ordre permanent, d’une injonction à se conformer. La responsabilité devient alors un outil de normalisation sociale, un instrument pour discipliner les comportements jugés déviants.
Le vieux réactionnaire est évidemment pour l’obligation vaccinale et pour le pass sanitaire. Il se réjouit de l’avènement d’une société de contrôle social à la chinoise. Il y voit une forme de progrès, une rationalisation du monde, une manière efficace de gouverner les masses. Là où d’autres s’inquiètent des dérives liberticides, lui célèbre l’ordre, la sécurité, la traçabilité.
Il n’y a rien d’étonnant à cela. Cette évolution s’inscrit dans une logique d’une génération passée de la contestation à la conservation, de la subversion à la gestion. Une fois intégrée aux structures de pouvoir, elle en adopte les réflexes et en défend les mécanismes. Le vieux révolutionnaire devient gardien de l’ordre, et parfois même son plus fervent défenseur.
Ainsi se dessine une figure paradoxale : celle d’un individu qui se réclame encore des idéaux d’hier tout en justifiant les contraintes d’aujourd’hui. Le vieux réactionnaire n’est pas seulement une caricature ; il est le symptôme d’une époque où les promesses d’émancipation ont cédé la place à une obsession du contrôle et de la stabilité.
Comprendre cette transformation, ce n’est pas seulement critiquer une génération. C’est interroger les conditions sociales, économiques et politiques qui transforment les rebelles d’hier en conservateurs d’aujourd’hui ; et éviter, peut-être, de reproduire demain les mêmes renoncements.
Nicolas Maxime