Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Les droitards veulent moins d’immigration, voire une immigration zéro pour les plus radicaux d’entre eux. Mais lorsqu’on va au fond des choses, on se rend compte qu’il existe de profondes contradictions à droite sur la question migratoire.
À droite, on se dit favorable à plus de croissance et à une réindustrialisation de la France. Or une telle planification économique nécessiterait davantage de moyens humains, notamment de la main-d’œuvre qualifiée. Il faudrait donc attirer plus d’ingénieurs, de chercheurs et de techniciens étrangers[1]. De même, pour certains métiers industriels disparus, le savoir-faire a été perdu. Thomas Huriez, fondateur de la marque 1083 qui fabrique des jeans en France, avait ainsi interpellé Marine Le Pen en expliquant qu’il avait besoin des compétences de travailleurs migrants, faute de les trouver sur le territoire national[2].
Ces mêmes responsables politiques disent vouloir lutter contre l’immigration irrégulière mais restent silencieux sur les marchands de sommeil et sur les employeurs recourant massivement au travail dissimulé. Il n’est jamais question de s’attaquer aux propriétaires et aux patrons peu scrupuleux qui profitent directement de la misère humaine et de la précarité administrative des migrants.
Concernant les migrations qu’ils souhaitent limiter, ils ne remettent pas en cause les accords commerciaux inégaux avec les pays du Maghreb et d’Afrique. Ils ne disent rien non plus sur la Françafrique ni sur l’un des mécanismes les plus structurants de cette domination économique : la mainmise sur la création monétaire à travers le franc CFA. Ce silence est d’autant plus paradoxal que nombre de souverainistes de droite critiquent l’euro tout en s’abstenant de toute remise en cause du franc CFA[3].
En réalité, une partie de la droite n’a aucun intérêt à ce que l’immigration diminue réellement. Sans ce thème, elle perdrait un levier central de visibilité médiatique et politique. L’immigration, et plus encore l’immigration irrégulière, constitue un sujet commode permettant d’éviter les questions sociales, économiques et géopolitiques de fond, tout en occupant l’espace du débat public.
Nicolas Maxime
[1] Les projets de développement industriel et technologique impliquent un besoin croissant de compétences qualifiées (ingénieurs, techniciens, chercheurs), alors même que plusieurs secteurs font face à des difficultés de recrutement. Sénat, France compétences face à une crise de croissance, rapport d’information n° 741 (2021-2022), 29 juin 2022.
[2] Le Dauphiné Libéré, Romans-sur-Isère : quand l’entreprise 1083 parle à Marine Le Pen des réfugiés syriens, 14 novembre 2017.
[3] Sur le rôle du franc CFA et les critiques relatives à la dépendance monétaire des pays africains vis-à-vis de la France, voir : Kako Nubukpo, Bruno Tinel, Demba Moussa Dembélé, Carlos Lopes, Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. À qui profite le franc CFA ? , La Dispute, 2016.