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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Réforme des retraites : quand le gouvernement nie les alternatives et le droit au repos

Le gouvernement le martèle sans arrêt : il n’y aurait pas d’alternative à cette réforme des retraites. Il n’y aurait pas d’autre choix que de reculer l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans et d’allonger la durée de cotisation. Regardez à l’étranger, répète-t-on, ils ont tous fait pareil — alors même que la France est le pays d’Europe avec le plus fort taux de fécondité (1,86 enfant par femme)[1] — donc il faudrait faire la même chose que les autres. Le système serait déficitaire, donc le régime de retraite par répartition serait menacé.

Or, il a déjà été démontré que l’argument du financement ne tient pas. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) estime que le régime des retraites devrait revenir à l’équilibre à l’horizon 2050, après avoir connu des déficits limités et temporaires[2]. Et même en cas de tension financière, les ressources existent : le Fonds de réserve pour les retraites[3] et la CADES[4] disposent de plusieurs dizaines de milliards d’euros mobilisables pour sécuriser le financement du système.

Jusqu’aux années 1980, la société française a permis aux travailleurs de travailler moins et d’avancer progressivement l’âge de départ à la retraite, afin que chacun puisse profiter d’un temps de repos légitime après une longue carrière de labeur.

Tout le monde a droit au repos. Reculer l’âge de la retraite, c’est aller à rebours du sens de l’histoire. C’est empêcher des millions de travailleurs de profiter de ce temps libéré, nécessaire à la santé, à la vie sociale et à d’autres activités. Cette réforme est injuste, et les faits sont connus :

  • 25 % des plus pauvres sont déjà décédés à 62 ans[5] ;
  • parmi ceux qui ont survécu, une part importante n’exerce plus d’activité, car au chômage ou en arrêt maladie ;
  • les chances de retrouver un emploi après 55 ans sont faibles, le chômage frappant particulièrement cette tranche d’âge[6] ;
  • il existe déjà près de 6 millions de demandeurs d’emploi, dont une part importante de jeunes, qui auront encore moins d’opportunités si les seniors restent plus longtemps en emploi[7].

Des alternatives existent pourtant, et l’une d’elles est claire : la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisation pour tous, assortie de régimes spécifiques pour les métiers pénibles, ouvrant un droit à un départ à 55 ans.

Oui, c’est possible, et cela va dans le sens de l’histoire sociale. C’est aussi une revendication populaire : plus de 60 % des Français sont opposés à la réforme actuelle[8] et plus de 60 % sont favorables à la retraite à 60 ans avec 40 annuités[9]. Cette revendication figurait déjà au cœur du mouvement des Gilets jaunes, avec la retraite à 60 ans et à 55 ans pour les métiers pénibles[10].

Viennent alors les sarcasmes des droites néolibérales LREM et LR : « Mais comment financer cela ? C’est impossible ! ». Des économistes comme Jean-Marie Harribey[11] ont montré que cela est possible en :

  • supprimant les exonérations de cotisations sociales, qui atteignent 66 milliards d’euros par an[12] ;
  • élargissant l’assiette des cotisations patronales aux dividendes, à la participation, à l’épargne salariale, aux rachats d’actions et aux heures supplémentaires ;
  • augmentant modérément les taux de cotisations sociales ;
  • créant une sur-cotisation sur les hauts salaires ;
  • ou encore en augmentant le nombre de cotisants par une véritable politique d’investissements publics créant massivement des emplois.

Comme on le voit, une autre réforme des retraites est possible. L’histoire n’est pas figée. Ce n’est pas parce qu’une minorité sociale — bourgeois et rentiers — a décidé d’imposer sa vision qu’il faudrait considérer cela comme une fatalité. Eux sont minoritaires, nous sommes majoritaires. Non seulement, nous pouvons faire reculer Macron et son gouvernement néolibéral mais nous pouvons écrire un autre chapitre. Ce chapitre, nous l’écrirons à partir du 19 janvier dans la rue avec les syndicats, les partis politiques opposés à cette réforme, les gilets jaunes et tous les travailleurs qui se sentiront concernés. Pour que nous puissions tous un jour jouir de notre retraite dès 60 ans.  

 

Nicolas Maxime


[1] INSEE, « Indicateur conjoncturel de fécondité », données 2019 (1,86 enfant par femme).

[2]  Conseil d’orientation des retraites (COR), Évolutions et perspectives des retraites en France – Rapport annuel, septembre 2022.

[3] Le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) disposait d’un portefeuille d’environ 21,3 milliards d’euros d’actifs à la fin de 2022, après plusieurs années de versements à la CADES pour amortir la dette sociale.

[4] Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES), créée par l’ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996, chargée d’amortir la dette sociale via des recettes affectées (CRDS, fraction de CSG). La loi organique prévoit son extinction une fois la dette apurée, actuellement programmée en 2033. Voir : CADES, Rapport annuel (données financières détaillant des recettes annuelles de l’ordre de 20 à 25 Md€).

[5] INSEE, « Espérance de vie selon le niveau de vie », montrant qu’un écart d’espérance de vie important existe entre les 5 % les plus pauvres et les 5 % les plus riches, et qu’environ un quart des hommes les plus modestes décèdent avant 62 ans (données 2012-2016), https://www.insee.fr/fr/statistiques/3319895.

[6] DARES (2023), Les seniors sur le marché du travail en 2022, indiquant qu’en 2022 le taux d’emploi des 55-64 ans (56,9 %) reste nettement inférieur à celui des 25-54 ans et qu’ils représentent une part importante des demandeurs d’emploi de longue durée.

[7] Pôle emploi, « Demandeurs d’emploi inscrits par catégorie », statistiques mensuelles (catégories A, B, C, D, E), total avoisinant 5,8 à 6 millions d’inscrits pendant l’année 2022.

[8] Un sondage Odoxa pour Franceinfo réalisé fin décembre 2022 – début janvier 2023 indique que plus de 60 % des Français s’opposent au report de l’âge légal de la retraite.

[9] Un sondage Ifop pour Politis début janvier 2023 indique qu’environ 68 % des Français se disent favorables à un retour de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

[10] Les revendications des Gilets jaunes incluaient notamment le retour à la retraite à 60 ans et des départs anticipés pour les métiers pénibles, ainsi que des mesures de justice fiscale.

[11] Jean-Marie Harribey, Retraites : l’alternative cachée, Éditions Syllepse, 2013.

[12] Le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023, déposé en novembre 2022, indique que le total des allègements et exonérations de cotisations sociales atteint 66,0 milliards d’euros en 2022.

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