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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Travailler plus ne crée pas de la croissance : un raisonnement économique inversé

Les macronards et leurs alliés LR–zemmouriens compatibles sont persuadés que si tous les salariés travaillent davantage, il y aura mécaniquement plus de croissance, donc des augmentations de salaires et des créations d’emplois. Cette croyance repose pourtant sur un raisonnement économique inversé.

Depuis l’instauration des 35 heures, tous les gouvernements successifs ont détricoté la durée légale hebdomadaire du travail. À tel point que les Français figurent aujourd’hui parmi ceux qui travaillent le plus en Europe : en moyenne 36,3 heures par semaine, contre 34,9 heures en Allemagne[1]. Nicolas Sarkozy et François Fillon ont repoussé l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans en 2010, puis François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont allongé la durée de cotisation à 43 annuités. Or, aucune de ces mesures n’a produit l’effet promis. La croissance est restée atone sur la période récente et n’a jamais dépassé durablement les 3 % entre 2001 et 2020[2].

La réalité est pourtant simple : ce sont les carnets de commandes remplis qui entraînent une hausse du volume de travail, et non l’inverse. Ce n’est ni l’allongement de la durée hebdomadaire du travail, ni le report de l’âge légal de départ à la retraite qui créent de la croissance. Les néolibéraux raisonnent à l’envers, en confondant cause et conséquence.

Travailler plus sans croissance supplémentaire conduit mécaniquement à davantage de chômage et de sous-emploi. Lorsque la richesse produite n’augmente pas, allonger le temps de travail de certains se fait nécessairement au détriment des autres. La seule manière de permettre à tous de travailler dans un contexte de faible croissance consiste à mieux partager le temps de travail : réduction de la durée hebdomadaire, baisse de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, ou combinaison des deux. Si les uns travaillent plus, les autres travailleront moins — ou pas du tout. C’est mathématique, tout simplement.

 

Nicolas Maxime


[1] Selon une synthèse des durées de travail en Europe (données Eurostat pour 2016), la durée habituelle hebdomadaire moyenne était d’environ 36,3 h en France et 34,8 h en Allemagne. Ces durées moyennes tiennent compte de l’ensemble des salariés, quel que soit le statut.

[2] Banque mondiale, GDP growth (annual %) – France. Les données montrent qu’entre 2001 et 2020, la croissance française n’a pas atteint durablement 3 %, hormis rebonds ponctuels post-crise.

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