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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Boucs émissaires, diversion identitaire et effacement de la question sociale

C’est une évidence que les chômeurs, les immigrés et les jeunes de banlieue sont devenus les boucs émissaires de ce gouvernement et du bloc néoconservateur.

Mais les réponses ne peuvent pas se limiter à crier au loup en invoquant mécaniquement l’islamophobie, le racisme systémique ou le privilège blanc. Évidemment, le néoconservateur est obsédé par l’islam et les musulmans, voit des islamo-gauchistes et des islamistes partout, et fait une fixation sur ce que devrait être une prétendue identité nationale.

Pour illustrer ce mécanisme, il suffit de regarder ce qui se passe aux États-Unis. Là-bas, les néoconservateurs s’en prennent aux jeunes Noirs ou Latinos issus des ghettos, pourtant majoritairement chrétiens. Le terme « Welfare Queen » (« reine des allocs »), popularisé par Ronald Reagan, a ainsi servi à désigner des femmes pauvres — généralement noires — afin de justifier la mise à mort de l’État-providence.

S’il existe bien une intersectionnalité des causes, celle-ci ne peut justifier de tomber dans le piège identitaire tendu par le bloc néoconservateur, piège dans lequel tombent aussi certains courants intersectionnels[1]. Tous ces débats poursuivent en réalité deux objectifs : la diversion et la division.
La diversion, d’abord, car en parlant en permanence de l’islam ou de l’immigration, on n’évoque plus l’état de décomposition du système de santé, l’effondrement des services publics, l’ubérisation du travail, l’inflation ou encore le mal-logement.
La division, ensuite, car les classes populaires sont opposées les unes aux autres : certains sont accusés de « profiter des aides », d’autres d’être racistes. Cette fragmentation empêche toute union des campagnards et des banlieusards, des salariés du privé et des fonctionnaires, pourtant indispensable à l’émergence d’un nouveau Front populaire.

Les révolutions de 1789, 1830 et 1848, tout comme les mouvements sociaux de 1936 et de 1968, ont permis de constituer un Peuple. Il nous faut aujourd’hui retrouver ce qui nous rassemble en tant que Peuple afin de refaire Nation. Cela passe avant tout par un retour à la souveraineté économique, ainsi que par la préservation et le renforcement de la Sécurité sociale et des services publics.

 

Nicolas Maxime


[1] Daniel Bernabé, Le piège identitaire : l’effacement de la question sociale, L’Échappée, 2022.

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