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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Privatisation de l'accompagnement social : l’anglo-saxonisation de la gestion de la pauvreté

Depuis la loi « Plein emploi », les départements ont désormais la possibilité de confier l’accompagnement des bénéficiaires du RSA à des cabinets privés.

15 à 20 heures d’activités professionnalisantes par semaine seront imposées aux allocataires et des sanctions automatiques, sans considération pour les difficultés individuelles — problèmes de santé, de garde, de transport — seront engagées à l’égard de celles et ceux qui ne respecteront pas ces nouvelles conditions.

Non seulement le gouvernement a modifié le sens même des minima sociaux en faisant porter la responsabilité de l’exclusion sur les allocataires, mais en plus l’accompagnement social des bénéficiaires est désormais privatisé. On profite ainsi du dénuement des plus fragiles pour enrichir des sociétés privées, transformant la pauvreté en marché.

Dans le même temps, on apprend que des start-ups comme allocs.fr tirent profit du non-recours aux droits en vendant leurs services pour aider les plus pauvres à accomplir des démarches qui devraient relever du service public. On apprend également que, sans le Secours Catholique et d’autres associations, certaines personnes pourraient tout simplement mourir de faim ou de froid, tandis que l’État économise environ 2 milliards d’euros par an grâce à ce non-recours[1].

On assiste ainsi à une véritable anglo-saxonisation de la gestion de la pauvreté, fondée non plus sur un devoir collectif de solidarité, mais sur une logique de soupçon permanent. Le droit devient conditionnel, soumis à la justification morale et comportementale des pauvres, sous peine de sanctions.

La référence à Moi, Daniel Blake s’impose immédiatement[2]. Le héros du film de Ken Loach, victime d’un malaise cardiaque mais déclaré apte au travail par des sous-traitants privés de l’administration, se retrouve piégé dans des démarches absurdes et humiliantes : formulaires en ligne inutiles, appels interminables à des centres d’appel, obligation de consacrer 35 heures par semaine à une recherche d’emploi fictive, justifications incessantes devant une conseillère inquisitrice du Jobcentre — l’équivalent de Pôle emploi au Royaume-Uni. Palme d’or au Festival de Cannes en 2016, le film a mis en lumière une véritable machine bureaucratique à broyer les plus vulnérables. Dans l’une des plus grandes démocraties du monde, l’administration publique, censée être protectrice, s’est transformée en coquille vide, où la déshumanisation des agents et la sous-traitance privée rappellent certaines dérives des pires systèmes technocratiques.

Il faudrait être aveugle — ou d’une indifférence cynique — pour ne pas constater la perversité et la cruauté de cette réforme. Un État défaillant, incapable d’aider réellement, d’accompagner et d’insérer les plus démunis, leur impose pourtant de participer à des activités sous-traitées à des acteurs privés afin de prouver qu’ils méritent de percevoir des allocations qui constituent souvent leur seul moyen de survie. Certains, épuisés par ces démarches incessantes et humiliantes, ont déjà renoncé à leurs droits pour tenter de se débrouiller par leurs propres moyens, au prix d’une précarité accrue.

 

Nicolas Maxime


[1] François-Xavier Ménage, Ça craque, Robert Laffont, 2023.

[2] Ken Loach, Moi, Daniel Blake, prod. Sixteen Films, Why Not Productions et Wild Bunch, 2016.

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