Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
L’infâme loi « Plein emploi » a été définitivement adoptée à l’Assemblée nationale. Les mères isolées, les femmes victimes de violences, les réfugiés, les personnes sans domicile fixe, les chômeurs de longue durée vont désormais devoir exécuter 15 à 20 heures d’activités pour percevoir leur aumône.
Le pire est que cette loi a été votée dans l’indifférence générale. Comme lors du pass sanitaire, personne ne semble mesurer le basculement démocratique en cours. Un cap a été définitivement franchi. Près de 2 millions de personnes vont devoir porter la responsabilité d’être pauvres. Le principe de solidarité, qui consistait à aider les plus démunis sans conditionnalité punitive, a été enterré.
Pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, une partie de la population, déconnectée de la réalité sociale, s’écharpe autour d’un conflit situé à des milliers de kilomètres. Les camps sont diamétralement opposés et aucune position neutre n’est acceptable : soit « pro-Hamas » et antisémite, soit « pro-Netanyahu » et islamophobe. La même logique s’applique à l’islam ou à l’immigration : aucune nuance n’est possible. C’est blanc ou noir. Choisis ton camp, camarade.
Que nous n’arrivions même plus à défendre nos concitoyens désormais à la merci d’une administration tentaculaire en dit long sur notre incapacité à faire Peuple, donc à être une Nation. La gauche a été inaudible, quand elle n’a pas été maladroite sur le sujet. Quant aux défenseurs autoproclamés de la souveraineté, prétendument toujours prêts à défendre les classes populaires, ils sont restés muets.
Que nous ne puissions plus échanger sereinement sur des sujets qui dépassent le cadre de la raison révèle l’ampleur de nos divisions internes et de nos passions tristes.
Et l’on peut légitimement se demander ce qui nous est arrivé depuis quarante ans pour en arriver à cet état de décomposition intellectuelle. Nous sommes désormais tétanisés par nos peurs, notre colère, notre tristesse et nos obsessions. Toute forme de rationalité disparaît dans ce contexte. Les néolibéraux l’ont bien compris en recourant à l’instantanéité et à la polarisation, afin de mobiliser en priorité nos émotions négatives. Comment retrouver un chemin commun et la lucidité collective, si nous ne voulons pas connaître une tragique destinée ?
Nicolas Maxime