Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Le milliardaire Brian Thompson, PDG de la plus grande compagnie d'assurance maladie privée des États-Unis, UnitedHealthCare, a été assassiné mercredi dernier en plein cœur de Manhattan. Wall Street et les milieux financiers sont sous le choc, tandis que, sur internet, certains ont ouvertement exprimé leur satisfaction face à cette nouvelle. Les médias détenus par de grandes fortunes ont bien entendu dénoncé ces réactions avec véhémence.
Hier matin, un rebondissement est venu éclaircir l’affaire : un suspect, Luigi Mangione, a été arrêté. Issu d’une famille aisée et jusque-là sans histoire, cet homme aurait eu un accident de surf ayant brisé son dos, Luigi Mangione aurait été confronté à des refus répétés de prise en charge médicale, laissant entendre un lien direct entre son acte et le fonctionnement de UnitedHealthCare. Il aurait laissé un manifeste dénonçant le système de santé américain, qu’il juge injuste et coûteux. Désormais érigé en « héros » par une partie de l’Amérique, Luigi Mangione risque la prison en vie.
Pour comprendre cette affaire, il est essentiel de revenir sur cette entreprise inhumaine qu’est UnitedHealthCare, régulièrement accusée de privilégier ses profits au détriment des assurés, s’illustrant par des pratiques douteuses comme des fraudes, des délits d’initiés et des escroqueries financières. L’une des accusations les plus graves à son encontre concerne une vente massive d’actions par ses dirigeants, dont Brian Thompson lui-même, juste avant l’annonce d’une enquête du Département de la Justice pour pratiques monopolistiques. Cette opération aurait rapporté 15 millions de dollars à Thompson.
Brian Thompson se vantait également d’avoir implanté un système d’intelligence artificielle pour gérer les demandes de remboursement. Celui-ci aurait été conçu pour rejeter automatiquement près de 50 % des requêtes, générant des bénéfices records, mais condamnant indirectement des milliers de patients à une mort certaine faute de soins.
Si les motivations précises de Luigi Mangione restent à éclaircir, cette affaire met en lumière les dérives d’un système de santé dominé par des intérêts privés, où les vies humaines passent après les logiques de profit. En effet, les compagnies d'assurance américaines imposent des tarifs exorbitants pour une couverture santé souvent médiocre.
Oui, Brian Thompson était un salaud intégral, mais cela ne saurait en aucun cas justifier un meurtre. Non, Luigi Mangione n’est pas un héros de l’anticapitalisme. Dans un contexte où le capitalisme s’étend de manière agressive à toutes les sphères de la vie humaine, il est crucial d’explorer des alternatives viables à ce système économique qui broie des existences, comme le font des entreprises telles que UnitedHealthCare.
En France, nous avons encore la chance d’être protégés par un bien commun précieux : la Sécurité sociale. Pourtant, depuis une trentaine d’années, celle-ci subit les assauts répétés des gouvernements successifs, qui réduisent progressivement les remboursements de soins et de médicaments en vue d’en transférer la charge à des mutuelles privées. Selon les données disponibles, le système américain consacre près de 17 % de son PIB aux dépenses de santé, contre environ 12 % en France, tout en laissant des millions de citoyens sans couverture médicale adéquate[1]. Par contraste, le modèle français de la Sécurité sociale, bien qu'imparfait et soumis à des pressions constantes, démontre qu'une gestion publique et solidaire permet de contenir les coûts administratifs et d'offrir une couverture universelle.
Soyons clairs : tant que le capitalisme perdurera, il y aura d’autres Brian Thompson et d’autres Luigi Mangione. Et à mesure que ces figures s’affronteront, le capitalisme et ses milliardaires vont multiplier les stratégies de répression, de plus en plus brutales, pour protéger leurs privilèges et leurs intérêts.
Seules des alternatives collectives, et non des actions individuelles isolées, encore moins des meurtres, peuvent nous offrir une issue à la folie capitaliste.
Nicolas Maxime
[1] Selon les données de l’OCDE, les dépenses de santé représentent environ 17 % du PIB aux États-Unis et 12 % du PIB en France.