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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Quand le capitalisme mute en fascisme entrepreneurial

« Je pense que c'est très bien et que ça va être un carnage. C'est-à-dire que quand tu lâches un Musk dans l'administration américaine ou même française, ça va être un carnage.

Quand tu vois ce qu'il a fait chez Twitter, qu'il a viré 70% des gens et que Twitter en est toujours aussi bien. Et Musk, tout le monde a rigolé en lui disant, il a mis 150 millions dans la campagne, quel fou, il a gagné derrière des dizaines de milliards. Parce que la crypto est montée, il a signé des contrats avec Tesla, il a signé des contrats avec SpaceX.

C'est un coup de génie. Et je pense que les entrepreneurs doivent nettoyer l'État de la politique. C'est le cas en Argentine, ça fonctionne très bien.

Tout le monde dit qu'en Argentine, ça va s'effondrer. Le mec a très bien réussi en mode business entrepreneur du peuple. Quand tu vois que l'Assemblée nationale, ça coûte 600 millions par an, idem pour le Sénat que l'administration française, c'est 90 milliards par an.»[1]

Anthony Bourbon, créateur de la start-up Feed — la marque vend des repas sous forme de poudres à diluer —, qui se vante d’avoir empoché 100 millions d’euros, incarne à la perfection ce que Benoît Girard perçoit comme le symptôme d’un capitalisme comme crétinisme aigu[2]. Mais sa déclaration révèle surtout une mutation d’un capitalisme qui bascule vers un « fascisme entrepreneurial ».

Puisque Musk a licencié 70 % des effectifs de Twitter sans que cela ne s'écroule, pourquoi ne pas appliquer la même logique avec l'administration publique et la démocratie parlementaire qui nous coûtent autant de pognon ? Il suffit de mettre des entrepreneurs à la tête de l'Etat car eux savent faire, ils savent comment « nettoyer l'Etat de la politique » et rendre l'administration rentable comme une entreprise.

Car ces nouveaux entrepreneurs, dopés aux cryptomonnaies et aux bulles spéculatives, n’ont pas pour projet de bâtir un monde plus libre, mais de remplacer toute régulation collective par l’arbitraire d’une poignée de milliardaires autoproclamés « visionnaires », qui s’imaginent souverains au-dessus des lois et des peuples et qui veulent éliminer tout ce qui n'est pas rentable et leur coûte du pognon : l'administration publique et l'Etat social.

Cette nouvelle avant-garde du capitalisme, sous couvert de modernité et de coolitude, reproduit la loi du plus fort. Il s'agit d'un darwinisme social poussé à l'extrême, que l’on retrouve dans l’idéologie fasciste, où ceux qui ne conviennent pas doivent être éradiqués. De plus, l'élimination de la démocratie parlementaire pour y installer une gouvernance d'entrepreneurs est encore un autre marqueur du fascisme.

Ce libertarianisme n’est rien d’autre qu’un autoritarisme économique qui avance sous les traits d’un fascisme entrepreneurial décomplexé.

C'est ça le véritable fascisme qui est en train de venir, et non celui du péril islamiste ou des Waffen SS d’extrême droite, celui de « business entrepreneurs du peuple » en sweat-shirt qui se font des millions en quelques heures, des individus tyrans qui veulent jouir sans entrave et ne pas connaître de limites à leur égocentrisme démesuré, des petits dictateurs qui, sous couvert de rentabilité, préparent un « carnage » social.

 

Nicolas Maxime


[1] Anthony Bourbon, « Extrait de l’émission Legend », YouTube, https://www.youtube.com/watch?v=PW7bCdqvBH4&t=28s.

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