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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Les errements politiques de la gauche

En quarante ans, nous sommes passés d’une gauche à forte imprégnation marxiste à une gauche sociale-libérale rawlsienne. C’est un reniement intellectuel majeur dont il s’agit d’analyser les ressorts. Au lieu de vouloir taxer les riches, la gauche devrait revenir aux nationalisations pour reconquérir la souveraineté sur la production.

La lecture de Jean-Claude Michéa[1]nous a permis d’entrevoir le constat suivant : libéralisme culturel et libéralisme économique sont les faces de la même pièce. Or, si la gauche est indéniablement libérale sur le plan politique, elle l’est tout autant sur le volet économique. Cette affirmation peut paraître surprenante concernant le Nouveau Front Populaire (NFP), l’alliance de la gauche, surtout si l’on se réfère aux commentaires de Bruno Le Maire, qui, sur BFM TV, le 24 juin 2024, est même allé jusqu’à déclarer que « les deux projets des extrêmes sont deux projets gauchistes d'inspiration marxiste ». Le programme du NFP prévoit d’augmenter considérablement les dépenses publiques, et notamment les prélèvements obligatoires de 150 milliards d’euros par an, ce qui suffit déjà à susciter l’effroi du patronat et des détenteurs de capitaux.

Et pourtant, à aucun moment, dans le projet du NFP, ne sont envisagées des nationalisations, le mot étant absent du contrat de législature. Probablement encore traumatisée par l’échec de la mise en œuvre des nationalisations de 1982, lors du premier septennat de François Mitterrand, qui ont amené au tournant de la rigueur, l’union de la gauche a définitivement abandonné l’objectif de la socialisation des moyens de production en faveur de la redistribution des richesses. Un changement de philosophie majeure s’est opéré ces quarante dernières années puisque nous sommes passés d’une gauche marxiste souhaitant mettre fin au capitalisme comme mode de production à une gauche sociale-libérale rawlsienne visant à corriger les effets du capitalisme par des mesures sociales et fiscales.

Logo : Nouveau Front Populaire (2024) — Domaine public

Comment expliquer ce renoncement à un idéal socialiste ? Les sociaux-démocrates et les écologistes ont abandonné toute perspective de transformation sociale, le phénomène s’étant amplifié depuis le traité de Maastricht par une dévotion quasi-religieuse de la gauche envers l’Union Européenne et ses institutions — et se sont coupés de leurs bases prolétariennes, pour séduire une petite bourgeoisie métropolitaine dont les aspirations sont désormais de partager les richesses et de réduire les inégalités.

Or, taxer le capital revient à légitimer la version selon laquelle, d’une part, la création de richesses est du seul fait des capitalistes et, d’autre part, que l’unique solution est de ponctionner leurs revenus ou leur patrimoine pour en redistribuer des miettes aux « plus pauvres ». Bien entendu, l’annulation des réformes fiscales opérée sous Emmanuel Macron (flat tax sur les dividendes, remplacement de l’ISF par l’IFI, baisse des impôts de production) ainsi que la lutte contre l’évasion fiscale sont, au demeurant, des priorités pour rétablir une certaine équité entre contribuables. L’apport de la fiscalité n’est pas négligeable mais la priorité, avant de taxer les riches et les multinationales, devrait être de reprendre le contrôle sur la production.

Pour le comprendre, il est nécessaire de faire un détour par la Chine. Thomas Piketty[2] a démontré que la grande force du « socialisme de marché chinois » était de maintenir une propriété publique importante, de l’ordre d’un tiers de l’ensemble du patrimoine. Cela donne — quelles que soit les réserves qu’appelle par ailleurs le régime de Pékin dans sa façon de traiter ses citoyens et ses minorités — incontestablement à la puissance publique chinoise des possibilités des marges manœuvres importantes en termes d’investissements, de créations d’emplois et de développement économique. A contrario des autres pays occidentaux, en Chine, comme le dit Tony Andréani[3], « c’est l’Etat qui domine le capitalisme et non le capitalisme qui domine l’Etat… ».

En France, depuis 1987, des fleurons nationaux : BNP Paribas, Société Générale, France Télécom (Orange), GDF (Engie), Total, Renault, Air France, SNECMA (Safran)... ont été privatisés et sont devenues des multinationales du CAC 40 générant des résultats nets conséquents, le traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE), qui interdit aux Etats membres de laisser des entreprises en situation de monopole (voir l’article 37), ayant été un accélérateur de la décomposition du patrimoine public.

Aujourd’hui, le déréglément climatique, la puissance illimitée des multinationales, la folie des marchés financiers doivent pousser les Etats à faire de l’interventionnisme. Si un gouvernement de « gauche » (et souverainiste) prend le pouvoir, il doit s’emparer de la question de la propriété publique et revenir à l’essence du programme du Conseil National de la Résistance : la planification économique et les nationalisations d’entreprises exerçant leur activité dans les monopoles naturels et les secteurs stratégiques pour optimiser l’allocation des ressources selon les besoins de la population et permettre à la France de regagner sa souveraineté industrielle et énergétique.

Toutefois, une telle politique demanderait à la gauche de rompre immédiatement avec les institutions européennes, de son faire son propre aggiornamento politique afin de renouer à la fois avec la souveraineté nationale et la socialisation des moyens de production, conditions nécessaires pour envisager une société débarrassée des affres du capitalisme financier.

 

Nicolas Maxime 


[1] Jean-Claude Michéa, L’Empire du moindre mal, Flammarion, 2007.

[2] Thomas Piketty, Une brève histoire de l’égalité, Seuil, 2021.

[3] Tony Andréani, Le modèle chinois et nous, L’Harmattan, 2018.

Article paru dans la revue Royaliste N°1284

 

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