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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Comprendre pourquoi la gauche a perdu les classes populaires en un seul tweet

Le tweet de Manon Aubry[1] illustre parfaitement ce que Jean-Claude Michéa appelle le basculement de la gauche vers le libéralisme culturel[2]. Il n'y a pas si longtemps, la gauche défendait d’abord les intérêts matériels et la décence commune des classes populaires : salaire, emploi, logement, services publics, sécurité… Aujourd'hui, l'imaginaire militant de la gauche se concentre sur des causes sociétales et internationales — Pride à Budapest, blocus humanitaire à Gaza, avortement en Pologne —, perçues comme abstraites ou éloignées du quotidien pour les gens ordinaires.

Photo : Olivier Hansen, Manon Aubry, 16 octobre 2019. Licence : Creative Commons Attribution – ShareAlike 2.0 (CC BY-SA 2.0).

Pour Michéa, la gauche s'est convertie au progressisme culturel (droits individuels, ouverture, diversité) tout en abandonnant la critique du capitalisme au profit d’un « libéralisme global », à la fois économique et culturel. Cette « gauche morale », ouverte au monde, peut sembler sourde aux angoisses — économiques, sociales, identitaires — des classes populaires. Une partie de son ancien électorat ne se reconnaît plus dans ses priorités, et se tourne ainsi vers l’abstention ou vers d’autres offres — souvent populistes, nationalistes, voire d’extrême droite — qui, elles, promettent de répondre à ces angoisses et de remettre le peuple au centre.

La « gauche morale » préfère désigner l’électeur RN comme unique responsable du désastre social, plutôt que de s’interroger sur les causes profondes de la désespérance populaire. Comme l’a montré Marcel Mauss[3], le capitalisme est un fait social total. Le racisme, le sexisme et l’homophobie lui sont inhérents. Sans lutte contre le capital, ces combats restent symboliques, souvent déconnectés du quotidien, et servent surtout à éviter de parler de l’exploitation, de la précarité et du déclassement.

Quant à la « gauche républicaine », elle le fait également au nom de la supériorité morale en confondant l’universalisme avec un dogme autoritaire. Elle se croit dépositaire d’une République figée, qu’elle instrumentalise pour contrôler les corps et diviser plutôt que rassembler.

Ces deux gauches issues du mitterrandisme mènent à une impasse qui nourrit le sentiment d’abandon des classes populaires. On peut reconnaître à LFI d’avoir su mobiliser une partie des électeurs des quartiers populaires sans céder à l’antimusulmanisme ordinaire. Mais le tweet de Manon Aubry illustre bien cette social-démocratie zombie, vidée de sa substance sociale et enfermée dans des luttes purement symboliques.

Cela ne veut pas dire qu'il ne faille pas parler d'international ou de sociétal mais que ces causes ne doivent pas servir d'alibi pour abandonner les luttes sociales. La gauche a perdu ceux qui attendaient qu’elle reste fidèle à sa promesse première : défendre les gens ordinaires, là où ils vivent. Et c’est ainsi qu’en un simple tweet, on comprend pourquoi la gauche morale a cessé d’être la gauche populaire.

 

Nicolas Maxime


[1] Tweet de Manon Aubry, 28 juin 2025, https://x.com/ManonAubryFr : « Orbán interdit la Pride ? Nous nous y rendrons. Israël bloque l’aide humanitaire ? On apporte de l’aide sur un bateau. La Pologne interdit l’avortement ? On apporte des pilules aux Polonaises. Voilà le nouvel internationalisme : face aux règles illégitimes, on résiste ! ».

​​​​​​[2] Jean-Claude Michéa, L’Empire du moindre mal : essai sur la civilisation libérale, Flammarion, 2007.

[3] Marcel Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, PUF, 1925.

 

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