Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Pour Gabriel Attal, l’obsession est la même que celle de ses prédécesseurs : s’en prendre au salaire socialisé. Pourquoi ?
Parce que le salaire socialisé, c’est cette part du salaire brut qui est prélevée sous forme de cotisations sociales pour être versée dans un pot commun. Il est ensuite redistribué sous forme de prestations sociales : retraite, assurance chômage, maladie, allocations familiales…
Cette redistribution est horizontale : des actifs vers les retraités, des salariés vers les chômeurs, des bien-portants vers les malades, des célibataires vers les familles. Jamais un système n’a été aussi solidaire : chacun cotise selon ses moyens, chacun reçoit selon ses besoins. C’est le cœur du modèle hérité des luttes ouvrières et du programme du Conseil National de la Résistance qui a donné naissance, en 1945, à la Sécurité sociale. Pour reprendre les mots de Bernard Friot, c’est une forme de « déjà là communiste »[1].
Or, le projet d’Attal — comme hier celui de Macron, Philippe ou demain Bardella — vise à liquider cette conquête. Il s'agit de remplacer le salaire socialisé par la capitalisation individuelle, où chacun épargne ou place son argent pour sa retraite future. On passe d’un droit universel, collectif, sécurisé, à une rente issue du Capital. Un système de retraite où le sort des vieux dépendra de la santé de la Bourse et des marchés financiers. Si tout s’effondre, adieu les pensions ! Et, comme toujours, seuls les hauts revenus pourront capitaliser pour se constituer un matelas doré.
Ce n’est pas une nouveauté : depuis Denis Kessler, ex-n°2 du MEDEF, qui déclarait en 2007 qu’il fallait « sortir de 1945 et défaire méthodiquement le programme du CNR »[2], le patronat rêve d’en finir avec la Sécurité sociale. Les gouvernements successifs, de droite, de gauche comme de « centre », s’y attellent : réformes de l’assurance chômage, report de l’âge légal de départ, allongement de la durée de cotisation, franchises médicales, non-remboursements de soins et de médicaments… Pendant ce temps, des dispositifs d'exonérations de cotisations patronales ont été instaurés pour faire fondre artificiellement le prétendu « coût du travail », ce qui a pour effet de creuser le déficit de la Sécu.
La volonté des néolibéraux est d’accaparer la manne financière colossale de la Sécu, plus importante que le budget de l’État, en privatiser la collecte, la gestion et la distribution. Ils souhaiteraient supprimer cette conquête sociale et la remplacer par l’assurance privée, l’assistance et la charité.
A l'inverse de ce projet de désintégration sociale, il faudrait outre, la socialisation des moyens de production, revendiquer l'extension du salaire socialisé — et non la taxation des riches — sa généralisation à l’ensemble des besoins vitaux : santé, retraite, chômage, famille — mais aussi éducation, alimentation, logement, culture, énergie… Le salaire socialisé doit devenir un droit inaliénable pour toutes et tous.
C’est ce projet de dépossession organisé par le Capital qu’il faut renverser. Défendre le salaire socialisé, c’est défendre ce qu’il reste d’un commun déjà là, et poser les jalons de celui qu’il nous reste à bâtir.
Nicolas Maxime
[1] Bernard Friot et Frédéric Lordon, En travail. Conversations sur le communisme, Paris, La Dispute, 2021.
[2] Denis Kessler, Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde, Challenges, 4 octobre 2007.