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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Contestation populaire contre les milliardaires, panique morale des élites

Si autant de Français soutiennent l’instauration de la taxe Zucman[1] , ce n’est pas parce qu’ils souhaitent taxer les riches mais parce qu’ils ont compris que personne ne pouvait accumuler autant de richesses tout au long de sa vie par le simple fait de travailler. Tandis qu’eux se saignent, travaillent durement, ont parfois du mal à joindre les deux bouts et à payer leurs factures, les capitalistes, eux, grâce à la rente financière et à l’exploitation des travailleurs, parviennent à amasser en quelques années ce qu’un salarié ne gagnera jamais en toute une vie. Cette « réussite » n’est pas le fruit du mérite individuel, mais celui d’un système économique qui privatise les profits et socialise les pertes, qui valorise la spéculation et la rente plutôt que le travail productif.

La panique morale qui s’empare désormais, au niveau des élites médiatiques, de la droite et des néolibéraux, montre à quel point il est devenu impossible de repenser le rapport de production. Qu’une taxe aussi modérée, sans influence majeure sur le capital mondial, suscite une telle réaction en dit long sur le caractère dogmatique de leurs certitudes. Alors que les forces du Capital ont fait croire pendant des années que nous pouvions tous « réussir » et devenir millionnaires ou milliardaires si nous le voulions, en exhibant les micro-réussites d’entrepreneurs — qui, bien entendu, disposaient toujours d’un capital de départ—, elles ont aussi relayé ce mythe sur le plan culturel à travers les influenceurs, présentés comme des modèles de réussite individuelle alors qu’ils ne sont que des relais idéologiques et commerciaux, chargés de vendre un rêve standardisé qui détourne les regards des mécanismes réels d’accumulation et de domination.

Photo : Superpanton, Gabriel Zucman dans son bureau, 18 juin 2025. Licence : Creative Commons Attribution – ShareAlike 4.0 (CC BY-SA 4.0).

Bien entendu, la taxe Zucman ne peut être qu’un pis-aller car la solution ne consiste pas à taxer les riches mais bel et bien à empêcher les riches de l’être. Car tant que l’on accepte l’existence de fortunes colossales, on accepte aussi l’accaparement du pouvoir qui va avec : influence sur les choix politiques, captation des médias, domination sur l’économie réelle. Désormais, les milliardaires ne veulent plus se contenter de déterminer l’agenda politique par le biais des représentants de la démocratie, mais, à l’image des techno-libertariens de la Silicon Valley comme Elon Musk, Peter Thiel ou Jeff Bezos, ils ambitionnent désormais de s’emparer directement de l’État lui-même. Ces derniers portent désormais un véritable projet de société, influencé par les idées de Hans-Hermann Hoppe et de Curtis Yarvin : un projet élitiste et autoritaire où le pouvoir politique serait attribué d’office à ceux qui détiennent déjà le pouvoir économique. On voit poindre les prémices d’une « souveraineté privée » où les multinationales et leurs dirigeants deviendraient les nouveaux seigneurs de l’humanité. La dynamique est déjà enclenchée, et les scénarios dystopiques de films comme Blade Runner ou de séries comme Black Mirror semblent se matérialiser avec le crédit social, la reconnaissance faciale et l’exploitation massive des données.

En somme, taxer ne fait qu’atténuer les excès d’un système d’accumulation sans jamais en changer la logique. La véritable réponse ne peut être qu’institutionnelle : mettre fin à la domination sans partage du triptyque Union européenne – marchés financiers – multinationales, qui permet à la mondialisation néolibérale d’être présentée comme l’unique alternative acceptable. Autrement dit, il s’agit de sortir d’une société où quelques-uns disposent d’un pouvoir exorbitant sur la vie de tous, pour bâtir une démocratie économique où nul ne peut devenir si riche qu’il en devienne plus puissant que l’État ou que le peuple souverain.

On peut être en désaccord avec Gabriel Zucman et sa taxe, mais il faut reconnaître qu’il aura jeté un pavé dans la mare, ouvrant ainsi une brèche dans le discours dominant et rappelant qu’aucun système n’est éternel dès lors que le peuple décide de le contester.

 

 

Nicolas Maxime


[1] Gabriel Zucman, La richesse cachée des nations, Seuil, 2013.

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