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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La Chasse aux pauvres

Tandis que la fraude fiscale est estimée entre 80 et 100 milliards d’euros par an[1] et que les finances publiques sont exsangues, la ministre du Travail et des Solidarités, Catherine Vautrin, annonce un projet de loi pour l’automne... visant la fraude sociale.

Mais de quelle fraude parle-t-on vraiment ? Celle concernant les prestations sociales — RSA, allocations familiales, arrêts maladie — est estimée à environ 4,5 milliards d’euros par an selon la Cour des comptes[2]. Nous sommes donc très loin des fantasmes propagés par une certaine extrême droite, relayés notamment par Charles Prats, qui évoque des chiffres totalement délirants, avoisinant, selon lui, les 50 milliards d’euros[3].

Dans les faits, l'essentiel de la fraude sociale provient des cotisations non versées par les employeurs, comme le confirment les constats des caisses de sécurité sociale. Autrement dit, la majorité de la fraude sociale ne vient ni des allocataires, ni des malades, mais du patronat qui échappe à ses obligations par le travail dissimulé.

Malgré cela, le gouvernement s’apprête à instaurer toute une série de mesures de contrôle social sans précédent qui pourrait rappeler un épisode dystopique de Black Mirror : géolocalisation des transports sanitaires, accès automatisé aux comptes bancaires et au patrimoine, possibilité de débit direct sur les comptes en cas de suspicion, surveillance renforcée des arrêts maladie, prélèvement automatique du loyer sur le salaire en cas d’impayé, sans décision judiciaire préalable. Du jamais vu ! Non seulement, ces mesures sont intrusives concernant le respect de la vie privée mais menacent clairement les droits fondamentaux.

C’est une suspicion généralisée à l’encontre des plus précaires qui se met en place, où chaque allocataire devient un fraudeur potentiel, pendant que les vrais champions de la fraude, les multinationales et les ultra-riches, continuent tranquillement leurs pratiques d’évitement fiscal, dans une quasi-impunité, avec la complicité des Etats. Ce gouvernement semble vivre dans un autre monde et fonctionne à l’envers.

Mais jusqu’où ira cette chasse aux pauvres ? Jusqu'où cette politique va déboucher : le crédit social à la chinoise ?  Jusqu'où est-on prêt à accepter cette indécence face à la solidarité ?

 

Nicolas Maxime


[1] Solidaires Finances publiques, Quand la baisse des moyens de contrôle fiscal entraîne une baisse de sa présence…, 2018.

[2] Cour des comptes, Rapport sur la Sécurité sociale 2025, publié le 26 mai 2025.

[3] Charles Prats, Cartel des fraudes. Allocs, cartes vitale, AME : les révélations d'un magistrat sur le scandale des 50 milliards annuels de fraude sociale, Ring, 2020.

 

 

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