Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
La gauche à la Thomas Piketty[1]ou Gabriel Zucman[2], qui s’intéresse à la correction des inégalités par la redistribution des richesses et par l’impôt, est forcément libérale. Parce que le capitalisme, c’est avant tout qui détient les moyens de produire et donc qui décide pour les autres. Si on garde intacte la propriété privée capitaliste, on peut toujours corriger en aval par l’impôt, ça ne change pas le fond car les rapports de domination restent là.
Le problème, c’est que la gauche, depuis le New Deal aux États-Unis et l’influence de John Rawls[3] dans la philosophie politique, s’est laissé enfermer dans un logiciel libéral en voulant conserver le capitalisme tout en le régulant. Ça donne une gauche gestionnaire qui parle d’équité et de justice sociale, mais qui ne touche jamais à la propriété lucrative. En somme, on va taxer un peu plus les hauts revenus et patrimoines pour augmenter les minima sociaux ou les prestations familiales.
Or, le socialisme ne peut se limiter à la redistribution. Il vise l’égalité des conditions en amont de la production. Elle passe par la socialisation des moyens de production et des besoins de base.
Prenons un exemple concret : le logement. Il paraît totalement inepte qu’au nom de la sacro-sainte propriété privée, certains puissent posséder une cinquantaine d’appartements qu’ils n’occupent même pas, et qu’ils louent désormais en Airbnb comme s’il s’agissait d’un simple produit financier. Pendant qu’une minorité accumule des logements et se constitue un capital, des gens subissent la spéculation immobilière et doivent consacrer la moitié de leur revenu à payer un loyer. On en arrive à cette absurdité où le droit de propriété de quelques-uns prime sur le fait de se loger décemment.
On pourrait également socialiser les grandes entreprises car celles-ci sont en position dominante sur les marchés et accaparent désormais la plupart des richesses, certaines devenant bientôt — déjà ? — plus puissantes que des États. La socialisation de ces multinationales aurait pour effet de placer la production au service de la société plutôt que des seuls profits des actionnaires. Cela ne signifie pas supprimer toute initiative privée, mais garantir que les secteurs essentiels — alimentation, énergie, transports, logement, santé, communication — soient organisés autour de l’intérêt collectif, avec une planification démocratique.
Il est nécessaire de repenser la propriété et la gouvernance de cette manière, non plus par une correction superficielle des inégalités, mais par la transformation des conditions mêmes qui les produisent. La gauche ferait mieux de repenser l’égalité en amont de la production, au lieu de vouloir le faire en aval.
Nicolas Maxime