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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Elon Musk et le Département de l'efficacité gouvernementale : vers le libertarianisme autoritaire

Elon Musk, entrepreneur connu pour ses positions libertariennes, vient d'être nommé au sein du gouvernement américain pour diriger le « Département de l'efficacité gouvernementale » (DOGE). Sa mission consistera à « réduire la bureaucratie, supprimer les régulations excessives, éliminer les dépenses superflues et restructurer les agences fédérales ». 

Rappelons avant d'entrer dans le vif du sujet que les sociétés d’Elon Musk (SpaceX, Tesla et Solar City) ont reçu des milliards de dollars de prêts, de contrats, de crédits d’impôts et de subventions du gouvernement américain… Sans cela, elles n’auraient sans doute pas pu se développer et survivre. 

Si l'initiative de Musk pourrait sembler anecdotique, car les collaborations entre gouvernements et milieux d’affaires sont fréquentes et souvent marquées par des conflits d'intérêts, elle illustre un libertarianisme autoritaire dont l’objectif est de démanteler le concept même de « bien commun ». Contrairement aux déclarations de Musk, il ne s'agit pas tant de réduire les structures administratives jugées inutiles, qui sont souvent les relais de lobbying pour les grandes entreprises, mais plutôt d’affaiblir l’administration publique en coupant les rares services publics encore disponibles aux États-Unis. Musk prévoit ainsi d’économiser 2 000 milliards de dollars sur l’administration, soit environ 7 % du PIB américain.

Pour y parvenir, le milliardaire s’appuie sur son projet Xai, renforcé par un supercalculateur d’une puissance exceptionnelle, capable d'améliorer la productivité et l'efficacité, ce qui pourrait entraîner l'automatisation d'une grande partie des tâches grâce à des systèmes et algorithmes d’intelligence artificielle. Ce qu'il appelle une « optimisation » des services publics pourrait reposer ainsi sur le remplacement progressif d’emplois administratifs par l’IA.

Ce projet marque toutefois un tournant préoccupant vers une centralisation technocratique sous le prétexte de l'efficacité. Musk présente cette initiative comme une étape vers un gouvernement « plus rationnel et allégé », mais elle pourrait conduire à la disparition des services publics humains et à la délégation croissante de décisions étatiques à des systèmes d'IA.

Yuval Noah Harari, alertant sur les dangers de l’IA pour l’avenir de l’humanité, explique que celle-ci risque de retirer aux individus leur pouvoir de décision personnelle[1]. Un tel avenir menacerait non seulement le maintien des services publics dans leur ensemble, mais pourrait aussi priver des millions de citoyens d'un interlocuteur humain dans leurs échanges avec l'administration fédérale. 

L'arrivée d'Elon Musk dans la sphère gouvernementale peut être perçue comme l’aboutissement d’un processus d'intégration des grandes entreprises dans les rouages de l'État, un peu comme on l’a vu dans les politiques fascistes historiques où les corporations devaient être incorporées à l'État, processus qui a déjà commencé depuis le début des années 80 mais qui atteint désormais son paroxysme. Cette mutation libertarienne et autoritaire du capitalisme pourrait être qualifiée de fascisme ‘zombie’ (par analogie à l'expression d'Emmanuel Todd sur le catholicisme ‘zombie’[2]). Dans cette version ‘zombie’ du fascisme, des éléments tels que le darwinisme social extrême, le nihilisme, et la dissolution de l'idée de commun sont toujours présents, mais de manière plus insidieuse et diffuse. Sans les parades, les costumes militaires et l’idéologie millénariste, ce « fascisme zombie » s'exprime à travers la domination du marché et le contrôle technologique. Ici, le marché prend le rôle de structuration sociale qu'occupait autrefois l'État, construisant des systèmes de hiérarchie et de pouvoir où les grandes entreprises ou élites économiques fonctionnent quasiment en dehors de toute régulation.

En France, déjà des éditorialistes et des hommes politiques se réjouissent. Selon Pascal Praud « tout le monde rêve de ça en France », Guillaume Kasbarian, ministre de la fonction publique, souhaite quant à lui, « partager des bonnes pratiques ». 

Peu à peu, ce libertarianisme autoritaire se diffuse dans la société sans opposition et sans coup d'Etat, avec la complicité des médias et des hommes politiques au service des nouveaux maîtres du numérique. 

Nous assistons, parfois impuissants et peut-être même complices – persuadés que cela est fait pour notre bien – à l'aliénation progressive de l'humanité. Espérons que nous saurons trouver la force de résister.

 

Nicolas Maxime


[1] Yuval Noah Harari, Nexus : Une brève histoire des réseaux d’information, de l’âge de pierre à l’IA, Albin Michel, 2024.

[2] Emmanuel Todd parle de “catholicisme zombie” pour désigner la survie d’un héritage culturel catholique dans des régions sécularisées. Voir Emmanuel Todd, Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse, Paris, Seuil, 2015.

 
 
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