Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Sur les réseaux sociaux, Eugénie Bastié brandit la 'tronçonneuse' de Javier Milei lorsque le ministre de l'Économie envisage une seconde journée de solidarité ; Nayib Bukele, qui se proclame 'le dictateur le plus cool du monde', appuie les propos de François Hollande sur l'absence d'effet de la légalisation du cannabis sur la baisse de la criminalité ; les identitaires 'patriotes' célèbrent le transhumaniste Elon Musk mais s'en prennent à un 'racisé' qui promeut la gastronomie française.
Tous ces posts illustrent ce qui est en train de se produire : le capitalisme entre dans sa phase totalitaire. C'est un capitalisme numérique, fondé sur le contrôle de nos vies, l'asservissement des corps et des esprits, une forme de techno-féodalisme (Cédric Durand) où les nouveaux seigneurs, issus de la Silicon Valley, feront de nous leurs serfs[1].
Pour ce faire, les gouvernements ne feront plus dans la demi-mesure. L'ordo libéralisme allemand ou le néolibéralisme anglo-saxon, leur gouvernance des nombres (Alain Supiot)[2], leurs arbitrages en faveur des marchés financiers, leurs bricolages sociaux à coups de chèques et d'allocations, feront place à un libertarianisme autoritaire, qui ne fera plus de place aux concessions. Comme à l'époque de Pinochet avec les Chicago Boys, l'Amérique du Sud fait encore figure de laboratoire économique et social. Javier Milei est déjà congratulé pour avoir vendu à la découpe les services publics tandis que certains se demandent déjà s'il ne serait pas possible de reproduire la politique sécuritaire de Bukule, lui qui a fait enfermer une partie de sa population sans respecter l'Etat de droit. En France, le gouvernement Barnier envisage d'avoir recours à la surveillance algorithmique.
Comme le dit très justement Benoît Girard, nous sommes face à 'un fascisme déjà là'[3]. L'opposition entre Harris et Trump, entre progressistes 'woke' et conservateurs anti-'woke', n'est qu'un écran de fumée pour détourner notre attention de ce qui se joue réellement sous nos yeux. Aucun d'entre eux ne pourra ni ne voudra freiner l'inexorable mutation du capitalisme, qui fait entrer l'Occident dans sa phase terminale, car tous, des partis de gouvernement jusqu'à 'l'extrême droite', servent les mêmes intérêts : ceux des nouveaux maîtres du numérique.
Nicolas Maxime
[1] Cédric Durand, Techno-féodalisme : critique de l’économie numérique, La Découverte, 2020.
[2] Alain Supiot, La Gouvernance par les nombres : Cours au Collège de France (2012-2014), Fayard, 2015.
[3] Benoît Girard (Antigone), Revue Antigone | Une nouvelle revue de débat et d’idées.