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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Face aux seigneurs du silicium : la souveraineté ou le servage

Elon Musk, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos et les autres seigneurs du silicium incarnent une nouvelle phase du capitalisme, libertarienne et autoritaire, qui menace directement notre souveraineté et nos sociétés. Ces géants numériques sont de plus en plus riches d'années en années. Sous couvert d’innovation et de modernité, ils imposent leur pouvoir sans résistance, profitant de notre inertie collective et de nos divisions. 

Leurs pratiques s’inscrivent dans une logique de domination non seulement économique mais également culturelle et politique. Aujourd’hui, ce n’est pas un hasard si Elon Musk soutient des figures comme Javier Milei en Argentine ou Giorgia Meloni en Italie. Sous un vernis de patriotisme, les politiques de ces dirigeants ne font qu’approfondir les inégalités et renforcer les logiques d’exploitation au service du Capital. Ces leaders combinent un discours identitaire avec une soumission totale aux intérêts économiques globaux Ces identitaires qui soutiennent Musk et ses semblables tout en prétendant défendre les intérêts nationaux, ne sont que des agents du Capital, des valets des seigneurs du silicium qui masquent leur allégeance sous des discours pseudo-patriotiques.

Ces contradictions éclatent dès qu’on examine leurs politiques. Comment concilier la fermeture des frontières avec le besoin impératif de main-d’œuvre immigrée pour des économies en crise démographique et en perpétuelle croissance ? Comment prétendre à la souveraineté nationale tout en étant à la merci des géants de la tech américaine ? 

Si Elon Musk fait de l'ingérence au Royaume-Uni ou en Allemagne, c'est uniquement pour imposer son modèle libertarien ainsi que ses intérêts économiques et non pour préserver la souveraineté de ces États ou pour dénoncer les viols subis par les enfants de la classe ouvrière blanche.

La Silicon Valley est le visage contemporain d’une domination mondiale qui se présente comme inévitable. Ce qu’on appelle aujourd’hui le libertarianisme n’est qu’une nouvelle forme de domination du Capital, le fascisme déjà là[1], bien qu’invisible pour une gauche morale qui continue à se focaliser sur le RN comme principal ennemi. Les seigneurs du silicium ne se contentent pas de capter les ressources des économies locales. La Silicon Valley redéfinit nos modes de vie, s’imposant comme une puissance supra-étatique. Laisser ces plateformes prospérer sans contrôle, c’est accepter une colonisation numérique qui fragilise nos institutions et nos sociétés.

La Silicon Valley, ce sont ceux qui vont privatiser la Sécurité sociale et les services publics pour les remplacer par un revenu de base de 600 euros par mois, ceux qui ubériseront le travail à marche forcée, et qui imposeront le crédit social, la monnaie numérique, l'intelligence artificielle et le transhumanisme comme nouveaux piliers d'une société de contrôle.

Face à cela, il faut une stratégie claire et sans concession : réguler les réseaux sociaux, instaurer des alternatives souveraines et nationaliser les outils numériques critiques. En France, Thomas Piketty plaide pour la nationalisation des algorithmes et une régulation stricte exercée par la puissance publique. Selon lui, cette intervention permettrait de reprendre le contrôle sur ce qui peut ou non être intégré dans ces systèmes[2]. Dans le même esprit, la création d'une agence de régulation des données, calquée sur le modèle des autorités de supervision bancaire, serait une autre solution. Ce n’est pas une question de modernité ou de progrès, mais de survie démocratique. Ces outils, qui exploitent nos données et sapent nos cultures, doivent être soumis à un contrôle strict. 

Nous avons une opportunité réelle de reprendre le contrôle. Ce combat contre la Silicon Valley n’est pas seulement économique : il est culturel et politique. Pour la reconquête de nos sociétés, nous devons briser le règne des géants numériques et poser les bases d’une véritable souveraineté qui ne passe pas uniquement par la sortie de l'Union européenne. Nous n'avons pas le choix. Face aux seigneurs du silicium, ce sera la souveraineté nationale ou le retour au servage.

 

Nicolas Maxime


[1] Benoît Girard (Antigone), Revue Antigone | Une nouvelle revue de débat et d’idées.

[2] Thomas Piketty face à Dominique Seux : « Le Débat Éco », France Inter, vendredi 8 octobre 2021.

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