Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Le gouvernement en cherchant à réduire les dépenses sociales, remet en cause le principe même de la Sécurité sociale.
40 milliards. C’est le montant total des économies que le gouvernement cherche à faire pour le budget 2026. Parmi les pistes évoquées, il y a la suppression de l’abattement de 10 % de l’impôt sur le revenu des pensions de retraite mais ce sont bel et bien les dépenses sociales qui sont à nouveau dans le viseur de l’exécutif : énième réforme de l’assurance chômage, modulation du remboursement des soins et des médicaments selon les revenus.
Tout d’abord, il convient de rappeler que les dépenses dites sociales correspondent à des dépenses de protection sociale. Elles prennent la forme de transferts monétaires ou en nature versés aux individus ou aux ménages, afin de les protéger contre les principaux risques sociaux : retraites, santé, chômage… Les dépenses sociales sont financées en majeure partie par des cotisations sociales, qui ne sont pas des impôts : une part du salaire est prélevée et versée dans un pot commun pour assurer collectivement la protection sociale. Ces dépenses sociales sont équivalentes à 32 % du PIB[1].
Alors que les exonérations de cotisations sociales atteignent désormais 75 milliards d’euros par an[2], le gouvernement prétend que les dépenses sociales seraient trop lourdes pour les finances publiques et multiplie les mesures pour les réduire. C’est dans cet esprit que la Cour des comptes a proposé de remettre en cause l’universalité du remboursement des soins et des médicaments en l’ajustant aux revenus. Ce modèle s'inspire du bouclier sanitaire en vigueur en Allemagne, dans lequel les patients prennent en charge une partie de leurs dépenses de santé jusqu’à ce que leurs paiements atteignent un plafond annuel fixé en fonction de leurs revenus.
C’est une rupture majeure avec le principe fondateur de la Sécurité sociale où chacun cotise selon ses moyens, chacun reçoit selon ses besoins. Alors que la Sécurité sociale avait instauré un système universel de redistribution horizontale des actifs vers les retraités, des bien portants vers les malades, rompre cette universalité, encouragerait les hauts revenus à se retirer progressivement du système public de santé. Présenté comme un mécanisme permettant de limiter les dépenses excessives, ce système revient en réalité à instaurer une médecine à deux vitesses : les plus modestes renonceraient aux soins en raison du coût, tandis que les plus aisés accèderaient sans difficulté aux prestations de santé en se dirigeant vers des assurances privées.
En réalité, ce ne sont pas les dépenses sociales qui posent un problème, mais bel et bien l’incompétence de nos dirigeants qui ont creusé le « trou de la Sécu » par les exonérations de cotisations sociales. Il serait temps de remettre en question les choix politiques qui sont en train de sacrifier l’universalité et la solidarité de notre système social.
Nicolas Maxime
[2] France Stratégie, IGF, IGAS, Les politiques d’exonérations de cotisations sociales, rapport du Comité d’évaluation des dépenses fiscales et des niches sociales, octobre 2024, Exonérations de cotisations patronales : 75 milliards euros en 2023 | vie-publique.fr.