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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Intelligence artificielle : le gouffre civilisationnel de l'Occident en phase terminale

Demain, Emmanuel Macron accueillera les géants de la Tech à Paris pour un sommet sur l'intelligence artificielle. Son objectif est de faire de la France un des leaders de cette technologie afin de pouvoir rivaliser avec les États-Unis et la Chine.

Un rêve qui vire à l’absurde tant nous ne pesons rien face aux mastodontes de la Silicon Valley et aux entreprises chinoises, déjà en position de quasi-monopole. Au-delà de cette tentative désespérée de sauver les apparences, une question bien plus fondamentale se pose : avons-nous réellement besoin de l’IA ?

Alors que le gouvernement déroule le tapis aux multinationales du numérique, le pays s’enfonce dans la crise. L’hôpital public est en état de mort clinique, étranglé par des décennies de restrictions budgétaires et de réformes absurdes dictées par une logique comptable. Des milliers de lits ont été fermés, les soignants fuient l’hôpital et la population, elle, attend des heures aux urgences quand elle ne meurt pas faute de soins. L’agriculture, pilier de notre souveraineté alimentaire, est à bout de souffle. Les agriculteurs, étranglés par les prix bas imposés par la grande distribution et les normes absurdes de l’Union européenne, manifestent leur détresse, mais ne récoltent que des promesses creuses. Pendant ce temps, les faillites d’entreprises explosent, résultat de taux d’intérêt en hausse et d’une demande qui s’effondre. Quant aux Français les plus précaires, ils sont chaque jour plus nombreux à dormir dans la rue, dans un pays qui compte pourtant des millions de logements vides.

Face à cette débâcle économique et sociale, que nous propose-t-on ? Des avancées spectaculaires dans la génération d’images, des chatbots toujours plus sophistiqués et des outils capables d’automatiser des tâches autrefois effectuées par des humains. Est-ce cela, le progrès ? Une société où les travailleurs sont remplacés par des algorithmes pendant que les services publics s’effondrent ? Une société où l’on subventionne la recherche privée des GAFAM pendant que l’on refuse d’indexer les salaires des fonctionnaires sur l’inflation ?

L’IA n’est pas neutre. Elle est conçue et contrôlée par une poignée d’entreprises qui captent l’essentiel des richesses générées par ces outils, sans redistribution. Pire, elle menace directement les emplois de millions de travailleurs, dans les services comme dans l’industrie. Et lorsqu’on nous vend l’illusion d’une IA « éthique » ou « souveraine », c’est pour mieux nous faire accepter l’inacceptable : un monde où l’intelligence humaine est reléguée au second plan, où la dépendance aux géants de la Tech est totale, et où l’État se contente d’accompagner la destruction de son propre modèle social.

Nous n’avons pas besoin d’intelligence artificielle pour vivre. Nous avons besoin de services publics dignes de ce nom, d’une agriculture capable de nourrir la population, d’une économie qui ne broie pas les travailleurs. Au lieu de cela, au nom du « progrès », nos dirigeants s’extasient devant des technologies dont ils ne maîtrisent ni les implications ni les risques, dans une course absurde contre des puissances qui nous surpassent déjà largement.

Le plus alarmant dans tout ça, c'est que Macron, loin de mesurer les dangers de l'IA, s’amuse des deepfakes le mettant en scène. « Ça m’a fait rire », déclare ainsi un président de la République face aux risques majeurs de manipulation et de désinformation.

L’IA ne sauvera pas la France. Elle ne soignera pas les malades, elle ne nourrira pas les français, elle ne relogera pas les sans-abris. Ce sommet, comme tant d’autres avant lui, n’est qu’un écran de fumée destiné à masquer l’incurie d’un pouvoir qui se refuse à affronter les vrais problèmes. Mais pendant que Macron se rêve en pionnier du numérique, la réalité continue de s’imposer : un pays ne se gouverne pas avec des algorithmes, mais avec des choix politiques. Cette fuite en avant vers une technologie qui achèvera les derniers vestiges de nos démocraties incarne le gouffre civilisationnel d'un Occident en phase terminale.

 

Nicolas Maxime

 

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