Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Le « Conclave des retraites », présenté comme un espace de dialogue inédit, apparaît surtout comme une manœuvre politique vouée à l’échec face à des positions irréconciliables.
Le 14 janvier, le Premier ministre a annoncé la tenue d’une conférence sociale de trois mois qu’il a nommé « Conclave des retraites »[1].
Après le Grenelle de l'Environnement, le Ségur de la Santé, le Beauvau de la Sécurité, voici le Conclave des retraites. Comme l'assemblée des cardinaux enfermée dans la chapelle Sixtine afin d'élire le souverain pontife, les participants au Conclave des retraites seraient contraints de débattre jusqu’à parvenir à un arrangement. François Bayrou, le premier ministre y voit une « méthode inédite ».
Durant ce Conclave, si les partenaires sociaux parviennent à un accord, même partiel, respectant l’équilibre financier du système, cet accord sera intégré dans la loi. En revanche, en l’absence de conciliation entre les organisations syndicales et patronales, la réforme actuelle restera en vigueur. Dans un premier temps, François Bayrou va confier une mission flash sur les retraites à la Cour des Comptes qui va durer vraisemblablement quelques semaines. Par la suite, devrait siéger ce Conclave au ministère des Affaires sociales, place de Fontenoy.
La composition finale du Conclave sur les retraites, annoncée par le chef du gouvernement, est désormais arrêtée. Les leaders des trois organisations patronales (Medef, CPME, U2P) et des cinq confédérations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC) y participeront, aux côtés de l’UNSA, également conviée malgré sa faible présence dans le secteur privé. La FNSEA et un représentant des employeurs publics, en la personne de la directrice générale de l’administration de la fonction publique, seront également présents. En revanche, Solidaires et la FSU, limitée à la fonction publique, n’ont pas été invités.
Quel est l’enjeu de ce Conclave ? François Bayrou tente d’apaiser les tensions persistantes autour de la réforme des retraites de 2023, en créant un espace de dialogue approfondi entre les partenaires sociaux, tout en restant ferme sur la nécessité de maintenir l’équilibre financier du système. Mais le réel objectif de ce Conclave est avant tout politique : il s’agit de trouver un compromis, notamment avec le Parti socialiste (PS) pour éviter une censure du gouvernement, voire un soutien pour la mise en œuvre de certaines réformes.
Cependant, le Conclave paraît déjà mal engagé. Sophie Binet, leader syndical de la CGT, a déjà déclaré lors d’une interview télévisée, qu’elle ne participera pas à ce Conclave. Le syndicat pose d’emblée l’abrogation de la réforme comme préalable. Quant à la CFDT, Marylise Léon, semble prête à des concessions mais seulement en cas de prise en compte de certains paramètres comme la pénibilité ou l’égalité hommes-femmes. Pour les organisations patronales, la priorité est claire : préserver la compétitivité des entreprises en refusant catégoriquement toute hausse des cotisations sociales. Patrick Martin, président du MEDEF, s'est même opposé à la présence des représentants des employeurs publics et des syndicats spécifiques à la fonction publique afin que le Conclave se concentre uniquement sur le financement des retraites du secteur privé.
La tenue de ce « Conclave des retraites », malgré les intentions affichées de dialogue et de compromis, semble davantage relever de l’affichage politique que d’une réelle volonté de résoudre les désaccords profonds entre les partenaires sociaux et de trouver un compromis pour amender la réforme des retraites de 2023. Les positions des syndicats et du patronat apparaissent inconciliables : l’abrogation exigée par la CGT, la prudence conditionnelle de la CFDT, et le refus catégorique des organisations patronales d’envisager des efforts financiers supplémentaires, illustrent l’impasse sociale et politique dans laquelle la France est plongée depuis la dissolution.
En réalité, ce Conclave ressemble davantage à une mise en scène destinée à gagner du temps et à apaiser une opinion publique encore méfiante, tout en préservant l’apparence d’un dialogue social. Tout cela laisse peu d’espoir qu’une « fumée blanche » vienne annoncer un accord historique. Le gouvernement risque de se retrouver avec une réforme inchangée et une défiance renforcée, confirmant que ce Conclave, plus qu’un espace de dialogue permettant de déboucher sur un compromis, n’aura été qu’un enfumage.
Nicolas Maxime
[1] Public Sénat, François Bayrou annonce un “conclave” sur les retraites : “on aura besoin d’avoir des éclaircissements”, avertit Mathieu Darnaud, 14 janvier 2025.