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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Le prix du dollar : domination financière et déclin industriel des États-Unis

Lors de cette superbe interview d'Emmanuel Todd par Diane Surrel dans Fréquence Populaire[1], le célèbre anthropologue expose un point de vue très intéressant sur la position dominante des États-Unis. Ce que Todd souligne ici est lié à ce qu'on appelle souvent le « privilège exorbitant » du dollar : en tant que monnaie de réserve mondiale, le dollar permet aux États-Unis de financer leurs déficits à moindre coût, puisque le reste du monde achète leurs obligations et utilise leur monnaie pour le commerce international.

Cette situation leur permet d'entretenir une économie fortement tournée vers les services (notamment la finance, le management, le marketing, etc.), au détriment de secteurs comme l'industrie ou la recherche technique et scientifique. La force du dollar agit donc comme une arme à double tranchant : elle maintient la consommation américaine à flot et renforce leur hégémonie financière, mais affaiblit leur base productive, car ils peuvent « externaliser » leur industrie et importer des biens manufacturés moins chers depuis d'autres régions (notamment l'Europe et la Chine).

L’idée qu’on ne peut pas avoir à la fois une monnaie forte et une industrie forte est également un point clé. Une monnaie forte pénalise en effet les exportations en rendant les produits locaux plus chers à l’étranger, ce qui favorise les importations. En revanche, une monnaie plus faible favorise les exportations en rendant les produits locaux plus compétitifs, ce qui stimule l'industrie et l'emploi industriel.

Ce que Todd décrit ressemble beaucoup à un cercle vicieux pour l'Europe et, dans une moindre mesure, pour la Chine. Les deux produisent énormément, mais leurs excédents commerciaux finissent souvent par renforcer le dollar via des réserves de change ou des investissements dans des actifs libellés en dollars. En ce sens, on peut dire qu'elles « subventionnent » indirectement le mode de vie américain.

À terme, comme il le dit, les États-Unis seront confrontés à un choix stratégique : maintenir la domination du dollar en acceptant un déclin industriel, ou réindustrialiser leur économie au prix d'une remise en question de leur suprématie monétaire. Mais tant que les autres grandes puissances (Europe, Chine, etc.) continueront à jouer ce jeu en maintenant leur confiance dans le dollar, les États-Unis pourront prolonger cette situation. La question est de savoir jusqu'à quand cela sera tenable.

L'interview est à visionner ci-dessous.

 

Nicolas Maxime


[1] Emmanuel Todd, interview par Diane Surrel, Fréquence Populaire, janvier 2025.

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