Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Quand la violence se retourne contre ceux qui l'ont créé

Dans Le Parisien, le cofondateur de Ledger, exprime son angoisse : il n’ose plus afficher ses signes extérieurs de richesse de peur d’être pris pour cible. Une déclaration accompagnée d’un néologisme : mexicanisation, comme si l’insécurité, la violence, le déclin de la civilisation venaient d’ailleurs, d’une contamination étrangère. Pourtant, ce qu’il décrit n’est pas une importation mais bien une conséquence directe de ce que l’Occident capitaliste produit à grande échelle : la violence sociale systémique.

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle (...). La seconde est la violence révolutionnaire (...). La troisième est la violence répressive (...). Il n’y a pas de pire hypocrisie que de n’appeler violence que la seconde ». Dom Helder Câmara[1]

undefined
Photo : Hans Peters pour Anefo, Dom Hélder Câmara lors d’une célébration eucharistique à Hertogenbosch (Pays-Bas), 27 octobre 1974. Licence : Creative Commons Zero (CC0) – Domaine public.

La bourgeoisie redécouvre soudain la violence, non pas celle qu’elle exerce, mais celle qu’elle subit à son tour, ou plutôt celle qui menace ses privilèges symboliques : montres de luxe, voitures électriques hors de prix, vêtements de marque, penthouses sécurisés. Cette angoisse relève de la panique morale d'une classe sociale qui se sent en danger. Ce n’est pas la souffrance des autres qui la trouble, en l'occurrence, des classes populaires qui subissent l'insécurité quotidienne mais la possibilité que cette souffrance déborde et les concerne.

Depuis des décennies, le capitalisme occidental a généré chômage de masse, précarité, destruction des services publics, marchandisation de la santé, de l’éducation, du logement. Une violence invisible parce que légale, bureaucratique et politique. Une violence que l’on inflige à des millions de personnes sous des dehors neutres : réformes, ajustements, compétitivité, rationalisation. C’est la violence institutionnelle, première et fondatrice qu'évoque Dom Helder Camara, évoque catholique, un des fondateurs de la théologie de la libération.

Et voilà que cette violence commence à produire ses effets visibles : une montée du ressentiment, un nihilisme social, une rupture symbolique avec les codes dominants. Le vol, l’agression, la rage ne sont plus politiques — ils sont bruts, désespérés, sans avenir. Mais ils sont la conséquence logique d’un système qui a permis à une classe sociale de tout prendre.

Ceux qui vivent dans l’opulence et l’entre-soi, après avoir détruit les solidarités, pillé les ressources, méprisé les derniers de cordée, viennent aujourd’hui pleurnicher parce qu’ils ne peuvent plus afficher sans crainte leur domination sociale dans l’espace public. Ils s’effraient des effets de leur propre modèle. Ils découvrent, trop tard, que la paix sociale n’est pas un acquis, mais le fruit d’un équilibre fragile, que le capitalisme est incapable de maintenir.

L’Occident n’est pas mexicanisé. Il est en phase terminale et s'auto-détruit par une logique économique fondée sur l’accumulation sans limites, la concurrence de tous contre tous, la substitution de la sécurité sociale par la sécurité policière.

Et quand il ne reste plus rien à perdre, la violence cesse d’avoir un sens politique. Elle devient explosive et intenable.

Alors non, nous ne plaindrons pas ceux qui craignent de ne plus pouvoir parader avec leurs montres à 30 000 €. Car si des riches se font braquer et que des vitrines sont brisées aujourd’hui, c’est qu’il y a eu, avant, des existences explosées, des vies broyées, des humiliations quotidiennes.

La seule réponse n’est ni sécuritaire ni moralisatrice. Elle est radicale : abolir la violence institutionnelle. Réinventer une société fondée sur la dignité commune, la socialisation des moyens de production et les biens collectifs que sont l'éducation, la santé, l'alimentation et le logement.

Car tant que cette violence là règnera, toutes les autres ne feront que croître.

 

Nicolas Maxime


[1] Dom Hélder Câmara, Spirale de la violence, Desclée de Brouwer, 1970.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article