Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Que ce soit Bruno Gollnisch affirmant que Julien Dray parle comme Jean-Marie Le Pen, Sarah Knafo lui lançant lors d’un débat : Vous êtes passé de SOS Racisme à CNews. La droite vous encense, la gauche vous déteste, ou encore ses tweets qui feraient passer Jordan Bardella pour un modéré, il est désormais difficile de discerner une véritable différence entre les anciens antiracistes d'hier et les identitaires d’aujourd’hui.
Ils peuvent bien se revendiquer de Charlie, se proclamer républicains ou défenseurs acharnés de la laïcité, leur rhétorique et leurs prises de position trahissent une dérive vers des discours qui légitiment ou reprennent les thématiques chères aux identitaires sous couvert de défendre les valeurs républicaines : insécurité, immigration, islam.
Ironie supplémentaire, ce sont les mêmes qui, hier encore, nous appelaient à faire barrage au fascisme supposé, invoquant l’urgence de protéger la République contre l’extrême droite. Pourtant, leurs propres prises de position finissent par en reprendre les éléments de langage, contribuant à normaliser des idées qu’ils prétendaient combattre.
Quant à la gauche morale, convertie au néolibéralisme dès 1983, elle porte une lourde responsabilité dans cette faillite de l’antiracisme. Obsédée par son image de camp du bien, elle a instrumentalisé la lutte contre le racisme avec la création de SOS Racisme tout en montrant du doigt le prolétaire blanc et en reléguant la question sociale au second plan. En voulant imposer une vision morale déconnectée des réalités sociales, elle a fini par échouer sur les deux fronts : celui de la lutte contre le racisme et celui de la justice sociale.
Cette double défaite a creusé un fossé entre cette gauche et les classes populaires, ouvrant ainsi la voie à une montée des discours identitaires. Aujourd’hui, ce ne sont pas des figures comme Manuel Bompard ou Manon Aubry qui vont nous convaincre et nous rassurer.
Symbole d’un glissement idéologique vers la droite, il ne s’agit plus de combattre le racisme et le fascisme, mais de pourfendre l’islamo-gauchisme et le communautarisme islamiste. Ce déplacement des priorités révèle une gauche qui, en reniant ses fondements, a abandonné à la fois les valeurs universalistes qu’elle prétend défendre et les luttes sociales qui devraient être au cœur de son projet.
Devenus les relais d’un identitarisme qu’ils habillent des oripeaux de la laïcité et de l’universalisme, ceux qui prétendaient combattre l’extrême droite finissent par s’en faire les alliés objectifs sans le déclarer ouvertement. En effet, cette volonté de faire barrage permet de maintenir au pouvoir l'extrême centre, ce fascisme déjà là[1], qui pourra assurer l'ordre social, celui du Capital.
[1] Benoît Girard (Antigone), Revue Antigone | Une nouvelle revue de débat et d’idées.
Nicolas Maxime