Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Jean-Marie Le Pen est mort. Malheureusement, quoi qu'on fasse et qu'on en pense, l'ancien leader du Rassemblement National aura été celui qui aura le plus influencé la scène politique française ces quarante dernières années.
Longtemps utilisé comme repoussoir et cible d’une diabolisation médiatique qui lui permit d’accéder, par surprise, au second tour de l’élection présidentielle en 2002, il a vu ses thématiques identitaires – insécurité, immigration, islam – se diffuser dans le discours public. Aujourd’hui, ses idées sont reprises, sous des formes diverses, par presque tous les partis, qu’ils soient de gauche, de droite ou du centre, et désormais répétées sans relâche dans les médias et la sphère politique. En remportant ce que Gramsci appelait « l’hégémonie culturelle », il a ancré ces idées dans l'imaginaire collectif, y compris parmi des populations stigmatisées initialement, comme les personnes d'origine maghrébine, africaine ou de confession juive[1].
Même la gauche est tombée dans le piège identitaire décrit par Daniel Bernabé, en priorisant les questions de race et de genre au lieu de s'adresser aux catégories populaires qui souffrent de leurs conditions de travail[2]. Doublement piégée, Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise sont devenus les nouveaux repoussoirs, reproduisant ainsi la même mécanique qui avait servi à diaboliser Le Pen.
Avec l'opération de normalisation orchestrée par sa fille, Marine Le Pen, qui a donné au parti une respectabilité que « papy facho » n'avait jamais pu atteindre, le Rassemblement National est désormais en position de gouverner. Alors que Jean-Marie Le Pen disparaît, son petit-fils politique, Jordan Bardella, lui-même issu de l'immigration, pourrait bientôt accéder au pouvoir en tant que Premier ministre, ouvrant ainsi la voie du pouvoir au RN.
Jean-Marie Le Pen est mort, mais ses idées lui ont survécu et triomphent aujourd’hui.
Nicolas Maxime