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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Taxer les riches : une fausse solution

Voilà une fausse solution de la gauche : taxer les riches en supposant que cela suffirait à financer les services publics et à redistribuer la richesse, sans prendre en compte la nature du capital. Inspirée par les travaux d’économistes comme Gabriel Zucman[1], cette approche suggère qu’un impôt de 2 % sur le patrimoine des ultra-riches générerait des recettes substantielles pour l’État. Or, une telle mesure se heurte à plusieurs écueils.

D’une part, la valeur des actifs financiers n’est pas figée : elle est soumise aux fluctuations des marchés. Une annonce de taxation du capital entraîne mécaniquement une baisse de la valorisation des actifs, réduisant ainsi la base taxable et les recettes attendues. Par ailleurs, les stratégies d’optimisation fiscale permettent aux plus grandes fortunes de déplacer rapidement leurs avoirs vers des structures moins taxées, réduisant d’autant l’efficacité d’un tel impôt.

De plus, les classes dominantes disposent d’un puissant levier idéologique pour s’opposer à ces mesures. Elles peuvent rendre une telle taxation impopulaire en insistant sur l’idée que la France serait déjà un pays surtaxé, jouant ainsi sur la peur de la fuite des capitaux et du découragement de l’investissement. Cette rhétorique, largement relayée par les médias et certains experts économiques, permet de légitimer un système où la richesse est captée par une minorité au détriment des travailleurs.

Robbgodshaw. Tax the Rich Graphic (inspiré de la robe « Tax the Rich » portée par Alexandria Ocasio-Cortez au Met Gala). Wikimedia Commons, 24 octobre 2021. Licence CC BY-SA 4.0.

D’autre part, cette logique repose sur un postulat erroné concernant l’origine des richesses. En se focalisant sur la redistribution plutôt que sur la production, la gauche contemporaine a abandonné l’idée marxiste de socialisation des moyens de production au profit d’une approche rawlsienne de la justice sociale, où l’État se contente de corriger les inégalités après coup. Cette vision vise à faire croire que la richesse est créée par les capitalistes, alors qu’elle est en réalité produite par le travail des salariés. Ce sont les travailleurs qui génèrent la valeur ajoutée, tandis que le capital ne fait qu’en extraire une part sous forme de profit.

Ainsi, taxer les grandes fortunes détourne l’attention du problème central : la nécessité de socialiser les grandes entreprises. Plutôt que d’adopter une approche inefficace, une politique économique de gauche devrait viser à placer les entreprises sous le contrôle des travailleurs et de la collectivité. Cela permettrait une véritable répartition des richesses dès leur production, en assurant que les fruits du travail profitent directement à ceux qui les génèrent, plutôt qu’une redistribution artificielle et inefficace a posteriori.

 

Nicolas Maxime


[1] Gabriel Zucman, La richesse cachée des nations, Seuil, 2013.

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