Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
En faisant un premier bilan de ce premier tour des législatives, on constate un renforcement des trois blocs électoraux : le bloc national-identitaire représenté par le Rassemblement national et ses alliés dissidents (Reconquête, une partie des Les Républicains) ; le bloc libéral composé de Ensemble et des Républicains ; le bloc social-écologiste avec le Nouveau Front populaire comme alliance des partis de gauche (La France insoumise, Parti socialiste, Parti communiste français, Europe Écologie Les Verts, Nouveau Parti anticapitaliste).
Leur sociologie diffère totalement selon l’âge, le territoire, les professions, le niveau de diplôme et les revenus.
Ainsi les jeunes votent NFP et les plus âgés préfèrent Ensemble. Les métropoles sont partagées entre le NFP et Ensemble, les banlieues votent massivement NFP tandis que le RN (et accessoirement LR) performent dans les zones périphériques et rurales.
Les métiers de la « Tête » — rassemblant les métiers à haute valeur ajoutée : finance, marketing, communication, management… — choisissent Ensemble tandis que ceux de la « Main » (ouvriers, employés, artisans, agriculteurs) se tournent vers le Rassemblement National, et ceux du « Cœur » — qui concernent les fonctionnaires et les salariés associatifs : enseignement, soins, travail social, culture, justice… — votent en majorité le NFP.
Le vote Ensemble/LR concerne les hauts revenus et les hauts diplômés, le vote NFP est constitué également de hauts diplômés mais est plus interclassiste car composé par ailleurs de bas revenus tandis que les bas revenus à faibles qualifications se sont reportés vers le RN. On tient donc trois blocs électoraux relativement homogènes avec des sociologies complètement différentes. On pourrait parler d’archipélisation[1] de la France. Jamais le pays n’avait été aussi divisé. Il y a désormais trois camps antagonistes qui s’affrontent.
Peut-être que, désormais, le meilleur scénario serait justement qu’aucune majorité ne puisse se dessiner. On irait alors vers un blocage institutionnel, ce qui serait profitable au peuple. On se rendrait compte qu’un gouvernement ne serait pas nécessaire, et des initiatives citoyennes pourraient naître de ce vide. Ce serait le moment parfait pour que les classes populaires se réemparent de la politique : référendums d’initiative citoyenne, assemblées citoyennes.
Nicolas Maxime
[1] Jérôme Fourquet, L’Archipel français : naissance d’une nation multiple et divisée, Seuil, 2019.