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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Congrès HLM : le cri d’alarme des bailleurs sociaux

Le 85 Congrès HLM, tenu à Paris, a dressé un constat préoccupant, entre baisse des constructions, augmentation des demandes et ponction de la RLS. Dans ce contexte, la nomination de Vincent Jeanbrun au ministère du Logement accentue l’écart entre un secteur en crise et un pouvoir politique qui semble déconnecté du réel.

Le Congrès HLM réunit chaque année depuis 1948 les bailleurs sociaux, les élus et les acteurs institutionnels pour débattre des politiques publiques concernant le logement. Cette année, le 85ème congrès a eu lieu à Paris du 23 au 25 septembre 2025 sous le thème choisi « Les qualités du logement social ».

Cet évènement a mis en exergue les difficultés auquel le secteur est confronté depuis quelques années. Ainsi, en 2025, les demandes de logement social ont atteint un record de 2,9 millions[1], soit près d'un ménage français sur dix. On constate également une chute des agréments pour la construction des logements sociaux qui est passée de 122 859 en 2016 à 82 184 en 2023[2] — et ce, malgré une légère remontée en 2024. Mais la situation est encore plus préoccupante en Île-de-France où la production reste insuffisante face à une demande qui ne cesse de s’accroître. Le secteur du logement connaît une véritable dont les effets sont désormais connus : raréfaction du foncier, hausse du prix des matériaux pour la construction, désengagement de l’Etat…

Lors de congrès, une des revendications majeures des participants était le retrait de la RLS (réduction de loyer de solidarité)[3]. Ce dispositif pèse lourdement sur les finances des bailleurs sociaux puisque sur l’année 2025, il a coûté 1.1 milliard d’euros aux organismes HLM[1] les privant ainsi de ressources supplémentaires, qui sont pourtant indispensables pour la rénovation et la construction de nouveaux logements. Cette réduction, rappelons-le, n’est pas compensée intégralement par l’État car ce sont les bailleurs sociaux qui en assument le coût, à travers une ponction sur leurs recettes locatives. On voit donc que, derrière une mesure présentée comme sociale, se cache en réalité un transfert de charge de l’État vers les organismes HLM. Emmanuelle Cosse, présidente de l'Union sociale pour l'habitat, a dénoncé un « déni de réalité politique », qualifiant cette ponction de « inique et délétère », rappelant au passage que la RLS prive le secteur de moyens supplémentaires et entrave ses capacités d’investissement.

Face à cette situation d’urgence, des revendications ont été formulées par les bailleurs sociaux :

  • Le retrait de la RLS qui grève leur budget.
  • Le renforcement du Fonds national d'aide à la pierre afin d’obtenir des ressources supplémentaires pour la rénovation et la construction de nouveaux logements.
  • Un soutien financier pour la rénovation urbaine afin d’améliorer la qualité de vie et d’accompagner la transition écologique.

Lors de ce congrès, les acteurs du logement ont exprimé leur désarroi et leur colère en réaction à l’abandon des pouvoirs publics. Ce congrès a été un cri d’alarme des bailleurs sociaux, ces derniers se sentant de plus en plus démunis et se retrouvant dans une impasse à la fois financière et opérationnelle. De plus, les défis sont immenses en termes de besoins pour la population, qui n’ont jamais été aussi importants, et les moyens pour y répondre sont largement insuffisants.

La nomination récente de Vincent Jeanbrun, député LR, comme ministre du logement dans le gouvernement Lecornu II, a de quoi inquiéter le monde HLM. Ce dernier se positionne pour « la fin du logement à vie » et souhaite privilégier l’attribution de logements sociaux à ceux qui travaillent. Il a également établi un plan visant à réparer les quartiers, où il prône l’expulsion des délinquants et de leurs familles. Ces mesures semblent en décalage complet avec les priorités portées par les bailleurs sociaux.

Cette ligne politique, ressemble davantage à une logique de tri qu’une véritable politique du logement. Rappelons que les bailleurs, déjà fragilisés par la Réduction de Loyer de Solidarité (RLS) et la hausse des coûts de construction, demandent avant tout des moyens pour rénover, construire et maintenir les loyers à des niveaux accessibles, dans le but de loger les plus modestes sans conditions de statut. Entre le congrès et la nomination de Vincent Jeanbrun à la tête du ministère du logement, il y a un décalage énorme entre le réel et le discours politique mais aussi la sensation que les politiques ne prennent pas conscience de la gravité de la crise du logement, celle-ci devenant de plus en plus inquiétante pour de nombreux français qui ont de plus en plus de mal à se loger.

Que faudra-t-il de plus pour réveiller le politique sur l’urgence d’une situation qui ne cesse de s’empirer ?

 

Nicolas Maxime


[1] Banque des Territoires / Localtis, 85 congrès HLM : le secteur en première ligne face à un État absent, 23 septembre 2025, 85e congrès HLM : le secteur en première ligne face à un État absent

[2] Sénat, Rapport d’information N°804 (2024-2025), Quel bilan pour le Fonds national des aides à la pierre (FNAP) ?, 1er juillet 2025.

[3] La réduction de loyer de solidarité est un dispositif qui s’adresse aux ménages les plus modestes consistant à une diminution de loyer. Elle est appliquée directement par le bailleur, afin d’alléger la charge des locataires.

Article paru dans la revue Royaliste N°1309

Article paru dans la revue Royaliste N°1309

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