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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Gouvernement Barnier : aucune justification à l’austérité

Ça fait 40 ans que nous subissons des politiques de l'offre et des politiques de rigueur (certes moins violentes qu'ailleurs) qui se sont accompagnées d'une désindustrialisation et d'une financiarisation de l'économie. Ces politiques se sont révélées être des échecs. Le gouvernement Barnier va réduire le déficit de 60 milliards d'euros soit 20 milliards d'impôts supplémentaires et 40 milliards de baisses de dépenses publiques[1]. Comment expliquer en quoi cela va résoudre la crise économique et sociale dans ce pays ? 

Photo : Florian David (PM), Official portrait of the French Prime Minister, Michel Barnier, Hôtel de Matignon, Paris, 21 octobre 2024 — Licence CC BY-SA 4.0

Rappelons déjà une évidence, d’un point de vue macroéconomique, il n’y a aucune justification à l’équilibre budgétaire ou à la réduction des dépenses, surtout en période de quasi récession, sauf à vouloir détruire consciemment les services publics. Ainsi, il y a pas mal de contre-exemples dans le monde : les USA ont un déficit de 8 % et ont désormais un chômage à 4 %, le Japon a une dette publique équivalente à 266 % de son PIB[2]

Il y aura encore une récession car ces baisses de dépenses vont avoir un effet négatif sur l'activité et encore augmenter le déficit et la dette, ce qui amène à un cercle vicieux. L'inverse serait de stimuler la demande et de faire une politique budgétaire très expansionniste basée sur des investissements publics, et on ne parle pas des plans de relance insignifiants de Sarkozy et Macron (qui étaient en réalité des plans de sauvetage) mais de quelque chose de plus puissant au niveau macro-économique qui demanderait à creuser le déficit public de façon plus extrême. Mais c'est la seule et unique solution pour la transition écologique, la souveraineté alimentaire et industrielle, la sauvegarde des services publics, la lutte contre le mal logement sinon ce sera vraiment la véritable décroissance pour les plus pauvres.

Réduire les dépenses publiques sans relancer la machine productive c'est avoir assurément plus de précarité et de sans-abrisme. Augmenter les impôts des plus riches est totalement incertain pour obtenir des recettes supplémentaires en vue du contexte international et taper dans les cotisations sociales sans distinction notamment des TPE-PME peut avoir des effets néfastes sur l'activité.

La seule et unique solution est donc de creuser le déficit budgétaire, ce qui paraît à première vue contre-intuitif mais tout à fait logique d’un point de vue macro-économique. Mais pour ce faire, il faut prendre conscience que les véritables contraintes sont politiques et non pas financières. Ces contraintes proviennent de l’UE et des institutions financières (FMI, banques centrales, agences de notation…). Pour s’en défaire, la seule et unique solution est de rompre avec l’UE et de sortir de l’euro car nous n’avons plus de souveraineté monétaire. Une solution intermédiaire serait la mise en œuvre d'une monnaie fiscale complémentaire le temps de la sortie afin d'éviter l'écueil des marchés et de financer en partie cet immense plan de relance.

Dans beaucoup de posts sur Facebook, y compris à gauche, on lit que la France va mal parce qu’elle est en déficit ou qu’elle a une dette publique de 3 000 milliards d’euros, ce qui démontre selon moi une méconnaissance de la monnaie. On rappelle qu’en 1945, à la sortie de la guerre, l’économie française était exsangue,  la France était hyper endettée à hauteur de 250 % de son PIB[3]. Croyez-vous qu’on ait mis en œuvre des plans d’austérité ? Non. Le Conseil National de la Résistance (CNR) a entrepris des nationalisations et créé la Sécurité Sociale. Pour se faire, d’autres circuits d’endettement ont été mobilisés comme le circuit du Trésor qui permettaient au Trésor public de capter des capitaux nécessaires à son endettement par le biais de la banque centrale, des correspondants du Trésor et des banques commerciales françaises. 

Ainsi, revendiquons à contrario de toute la pensée dominante que le déficit budgétaire est sain, que la dette publique est vertueuse lorsqu'ils permettent de financer les investissements d'avenir sans augmenter les impôts ou baisser les dépenses. Bien entendu, ce type de politique volontariste doit s'accompagner de la sortie de l'euro, de la création d'un circuit du Trésor, d'un retour au protectionnisme, de nationalisations et d'un État employeur en dernier ressort[4] pour éliminer toute forme de chômage.

 

Nicolas Maxime


[1] Le Monde, Budget : le gouvernement promet 40 milliards d’économies dès 2025, 2 octobre 2024 — le plan de 60 milliards est annoncé.

[2] Les États‑Unis montrent qu’un déficit élevé n’empêche pas un faible chômage. Le Japon est un exemple de creusement de dette publique sans effondrement immédiat (dette publique > 200 % du PIB).

[3] Le Sénat indique que le ratio d’endettement de la France est passé de 270 % du PIB en 1944 à environ 15 % du PIB à la fin des années 1960. Sénat, Commission des finances, Rapport d’information n° 566 – La dette publique de la France : un poids du passé, un défi pour l’avenir, 31 mai 2017.

[4] Le concept État employeur en dernier ressort est débattu dans les milieux postkeynésiens et lié à la Modern Monetary Theory, souvent présenté comme une alternative aux politiques de l’offre

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