Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Il fut un temps où la droite était humaniste, souverainiste, tiers-mondiste et n’était pas obsédée par la réduction des dépenses publiques ni par le supposé « assistanat » des pauvres.
Cette droite avait participé au Conseil National de la Résistance, aux nationalisations d’après-guerre et à la création de la Sécurité sociale. Elle croyait à l’État stratège, à la puissance publique, à la solidarité nationale.
Cette droite était celle du Général de Gaulle, qui, quoi qu’on en pense, représentait une certaine idée de la France : l’autorité et la souveraineté nationale.
De Gaulle ne se gênait pas pour critiquer le système capitaliste, qu’il jugeait asservissant et contraire à l’intérêt général, et s’efforçait de chercher une troisième voie entre capitalisme et communisme, fondée sur la participation des travailleurs.
Cette droite inspirait le respect, même chez ses adversaires.
Aujourd’hui, cette droite a disparu : le Général de Gaulle a laissé place à Margaret Thatcher, les militaires aux marchés financiers. La droite française a abandonné le gaullisme pour l’ultralibéralisme.
Signe de cette déliquescence morale, les femmes et hommes politiques de droite et d’extrême droite — qu’il s’agisse d’Éric Ciotti, de Jordan Bardella ou de Sarah Knafo —, ainsi que nombre d’éditorialistes, célèbrent désormais Javier Milei, le président argentin libertarien assumé, comme un exemple à suivre.
Qui, sérieusement, imagine le Général de Gaulle, une tronçonneuse à la main, en train d’éructer « Afuera », de s’en prendre aux pauvres dans ses discours ou de plafonner les aides sociales à 70 % du SMIC, comme le propose un Laurent Wauquiez ?
C’est la preuve que la droite est devenue complètement nihiliste, car elle ne combat plus la domination étrangère : elle attaque désormais ses concitoyens les plus fragiles.
La droite passe son temps à expliquer que tous ceux qui touchent des aides seraient des « assistés », des « profiteurs », qu’il faudrait « responsabiliser » en baissant les allocations — alors même que le pays ne leur offre ni emploi stable, ni logement décent.
Elle propose de dissoudre l’État social au profit d’un modèle où chacun se débrouille selon ses propres moyens, là où les gaullistes faisaient l’apologie d’un État fort, protecteur et solidaire, pas de la loi du plus fort libertarienne.
Cette droite sans âme et nihiliste, à l’opposé du bien commun, ne cherche plus à redresser la France, mais à faire des économies, ayant troqué l’idéal d’une Nation libre et souveraine contre la soumission aux marchés financiers.
« Le capitalisme dit : “Grâce aux profits qui suscitent l’initiative, fabriquons de plus en plus de richesses qui, en se répartissant par le libre marché, élèvent en somme le niveau du corps social tout entier.” »
Seulement voilà, la propriété, la direction, le bénéfice des entreprises dans le système capitaliste n’appartiennent qu’au capital. Et alors ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans une sorte d’état d’aliénation à l’intérieur même de l’activité à laquelle ils contribuent.
Non ! Le capitalisme, du point de vue de l’Homme, n’offre pas de solution satisfaisante. »
— Charles de Gaulle, 1968[1]
Nicolas Maxime
[1] Charles de Gaulle, Conférence de presse à l’Élysée, 27 novembre 1968.