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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La messe est dite

Dire et redire que notre problème principal vient du Grand Capital.

Dire et redire que Musk et les milliardaires de la Silicon Valley sont en train de nous imposer un nouvel ordre technocratique, fondé sur la marchandisation intégrale de l’existence, à coups de crédit social, de surveillance algorithmique et de transhumanisme, sous prétexte de progrès et de liberté individuelle, alors qu’il ne s’agit que d'une nouvelle forme de féodalité.

Dire et redire que les jeux sont faits depuis le moment où nos représentants ont cédé la souveraineté de notre pays aux marchés financiers, aux multinationales et aux institutions supranationales qui constituent désormais l'ordre mondial.

Dire et redire que ce n'est pas la faute ni des chômeurs, ni des migrants, ni des arabes, ni des fonctionnaires si la France est entrée en déclin.

À quoi bon commenter ou écrire sur l'actualité quand tout a déjà été dit ? A quoi bon se répéter sans cesse ?

Lorsqu’on voit certains, commentant l'actualité, prôner le travail jusqu'à 70 ans pour financer l'armée face à une hypothétique attaque russe, tandis que d'autres se réjouissent du démantèlement du département de l'Éducation par Donald Trump, on mesure à quel point l’aveuglement et la servitude volontaire façonnent notre époque. Ce ne serait d’ailleurs pas étonnant si demain un Cyril Hanouna était élu président de la République.

On ne voit pas à l'heure actuelle d'alternative politique émerger face à l'extrême centre et l'extrême droite, le néolibéralisme progressiste ou le libertarianisme autoritaire, Biden/Macron ou Bardella/Trump.

La gauche est depuis trop longtemps empêtrée dans le libéralisme culturel, délaissant ainsi la question sociale et économique au profit de luttes symboliques souvent déconnectées des réalités matérielles. En se focalisant sur des enjeux identitaires et moraux, elle a abandonné une grande partie des classes populaires, laissant le champ libre à une droite qui récupère leur colère tout en poursuivant des politiques économiques toujours plus inégalitaires. De plus, celle-ci ne vise plus la transformation économique du mode de production mais à aménager le capitalisme en redistribuant les richesses et en mettant en œuvre une « Europe sociale ».

Et on ne parle pas non plus de l’union des souverainistes ou des républicains des deux rives qui croient que le seul Frexit pourra changer quoi que ce soit, sans remettre en cause les rapports de production, la domination du capital et l’ensemble des structures qui ont conduit à l’impuissance politique actuelle. Sans une véritable alternative économique et sociale, la souveraineté nationale risque de n’être qu’un cadre vide, livré aux mêmes logiques néolibérales sous un vernis patriotique.

Malheureusement, Margaret Thatcher a eu raison. There is no alternative[1]. Le marché ne s'est pas contenté de s'imposer économiquement, il a également façonné les mentalités et les comportements.

Portrait de Margaret Thatcher (1925–2013), œuvre dérivée par Begoon, Margaret Thatcher stock portrait (cropped), vers 1995–1996. Statut : Copyright – free use.

Il n’y a plus d’autre issue qu’un effondrement global pour espérer l’émergence d’une société plus juste et solidaire. Tant que les structures du capitalisme tiennent debout, toute tentative de transformation profonde se heurte à des mécanismes de reproduction systémique : la logique du profit prime sur l’intérêt général, les institutions sont verrouillées par les classes dominantes, et les réformes, même bien intentionnées, finissent par être récupérées ou vidées de leur substance.

La baisse tendancielle du taux de profit, l’épuisement des ressources naturelles et les crises à répétition rendent cet effondrement inévitable. La question n’est donc plus de savoir s’il aura lieu, mais comment il se déroulera et qui en prendra le contrôle. Soit il sera récupéré par des mouvements libertariens et autoritaires qui chercheront à imposer un capitalisme de survie, encore plus brutal et inégalitaire, soit il ouvrira la voie à une alternative socialiste fondée sur la socialisation des moyens de production, la souveraineté économique et une planification démocratique.

Cela implique une préparation en amont afin d’éviter que le chaos ne débouche sur une régression encore plus violente. C'est la seule chose que nous pouvons encore faire : éveiller les consciences et se préparer collectivement à l'effondrement.

La messe est dite.

 

Nicolas Maxime


[1] Discours de lors de la Conférence du Parti conservateur, Brighton, 10 octobre 1980. 

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