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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Lumpenprolétariat : le capitalisme produit ses ombres

Un des symptômes de l'Occident en phase terminale se traduit par un État n'étant plus en capacité d'assurer la protection de ses concitoyens.

À Toulouse, Faysal, un veilleur de nuit d'un foyer s'est fait couper trois doigts en s'interposant pour empêcher l'enlèvement d'une mineure par un réseau de prostitution. La fille avait une machette sous la gorge.

À Marseille, Mehdi Kessaci a été abattu en pleine journée. Petit frère d’Amine, militant écologiste engagé contre le narcobanditisme, Mehdi a probablement été assassiné pour intimider tous ceux qui refusent de se soumettre aux trafiquants.

Car il faut dire sans détour que ceux qui aujourd’hui pourrissent la vie des quartiers et emmerdent l'existence des classes populaires ne sont pas des révolutionnaires, ni même des marginaux en rupture avec le système. C’est ce que Marx appelait le lumpenprolétariat[1] : ces jeunes parfois enrôlés malgré eux, souvent très tôt, mais qui sont aussi parfois des acteurs conscients d’un marché de la criminalité et de la drogue. Ils veulent « réussir » et obtenir la même vie que les bourgeois. Le désir mimétique suscite en eux une reproduction des codes — accumulation, domination, individualisme — mais dans sa version la plus brutale.

La France subit une brésilianisation avancée que rien ne pourra freiner, surtout si les réponses apportées sont uniquement austéritaires et sécuritaires. Lorsque l’État ne protège plus, ce sont les logiques de prédation qui prennent le relais, c'est-à-dire une violence nihiliste de plus en plus extrême et une jouissance sans entraves de s'accaparer les biens de consommation les plus luxueux. Ce que nous appelons « insécurité » n’est que la manifestation visible de cet abandon généralisé où la violence devient un mode d'organisation sociale dans les territoires délaissés par la République. Et dans ce vide, le lumpenprolétariat s’installe comme la traduction la plus crue du système capitaliste, celle qui n’a plus le masque moral ou institutionnel.

Le capitalisme produit ses propres ombres, et ce sont elles qui désormais se projettent sur tout le pays. Et là réside le cœur du problème : tant que le capitalisme s’effondre sans qu’aucune alternative collective ne soit reconstruite, ces ombres continueront de s’étendre et de dévorer les interstices que l’État laisse vacants.

 

Nicolas Maxime


[1] Marx parle du lumpenprolétariat comme d’une fraction de la société qui est « politiquement instable » et qui peut être mobilisée par les classes dominantes contre le prolétariat.

 

 

 
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